Diaspora

Sébastien Onomo, l’homme qui veut donner au cinéma africain une vraie puissance de marché

Dans l’économie mondiale des images, il y a ceux qui racontent, ceux qui produisent, ceux qui distribuent et ceux qui tentent de relier les mondes. Sébastien Onomo appartient à cette dernière catégorie. Producteur, dirigeant, passeur culturel et professionnel aguerri de l’audiovisuel, il a construit une trajectoire rare à l’intersection du cinéma, de l’animation, de la francophonie et des industries culturelles africaines. Depuis avril 2025, sa nomination comme Directeur général de Pathé Touch Afrique marque une nouvelle étape dans un parcours déjà dense : celle d’un homme qui ne se contente plus de produire des œuvres, mais qui entend contribuer à structurer leur circulation, leur visibilité et leur accès aux publics africains.

Ce changement d’échelle n’est pas anodin. Dans un secteur où la création africaine souffre moins d’un déficit de talents que d’un déficit d’infrastructures, de financement, de distribution et de puissance commerciale, le profil de Sébastien Onomo occupe une place stratégique. Son parcours ne raconte pas simplement l’ascension d’un producteur. Il raconte la maturation progressive d’un professionnel qui a appris le cinéma par ses fondations, avant d’en maîtriser les codes économiques, institutionnels et internationaux.

Formé à la Sorbonne Nouvelle en Lettres modernes, puis à l’INA Sup en production audiovisuelle, Sébastien Onomo possède ce double socle qui manque souvent aux trajectoires purement techniques : la culture du récit et la compréhension de l’outil industriel. La littérature lui donne le rapport au texte, à la mémoire, aux personnages et aux imaginaires. L’INA lui apporte la rigueur de la fabrication audiovisuelle, la gestion des projets, la mécanique de production et la discipline des œuvres destinées au marché. Cette combinaison explique une partie de son positionnement : produire, chez lui, n’est pas seulement financer ou assembler une équipe. C’est organiser la rencontre entre une intention artistique, un dispositif économique et un public.

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Ses premières expériences dans la production, chez Studio 89 Production, puis Entre Chien et Loup, l’installent dans la réalité concrète du métier. Avant les fonctions de direction, il y a les plateaux, les dossiers, les contraintes, les arbitrages, les délais. Cette école de terrain précède une étape décisive : son arrivée chez Les Films d’Ici, maison française reconnue pour son exigence documentaire, cinématographique et intellectuelle. Pendant plus d’une décennie, de 2010 à 2021, Sébastien Onomo y consolide son regard de producteur. Il y apprend la patience longue des projets ambitieux, la puissance du documentaire, l’importance des écritures singulières et la nécessité de défendre des films qui ne rentrent pas toujours dans les cases commerciales immédiates.

C’est dans cette profondeur que se comprend la suite de son parcours. En 2015, il fonde Special Touch Studios, structure à travers laquelle il affirme une ligne personnelle : produire des récits capables de dialoguer avec l’histoire, les identités, les territoires et les imaginaires du Sud, sans renoncer aux standards internationaux. L’entreprise devient un espace de création, mais aussi un laboratoire de positionnement. Dans un marché audiovisuel dominé par de grands pôles occidentaux et par la montée en puissance des plateformes, Special Touch Studios défend une autre voie : celle de la coproduction, de l’animation, de la mémoire et de la circulation francophone.

Le cas de Funan illustre cette ambition. Produit notamment par Sébastien Onomo, ce long métrage d’animation de Denis Do, consacré à la tragédie cambodgienne sous les Khmers rouges, reçoit en 2018 le Cristal du long métrage au Festival international du film d’animation d’Annecy. Cette récompense n’est pas seulement une distinction artistique. Elle valide une intuition industrielle : l’animation peut porter des récits historiques exigeants, adultes, sensibles, profondément politiques, tout en atteignant une reconnaissance internationale. Pour un producteur, c’est un signal fort. Pour l’économie des contenus issus de la diversité, c’est une démonstration.

Sébastien Onomo ne s’enferme pas pour autant dans une spécialité unique. Son parcours traverse la production, la télévision, le conseil et la représentation professionnelle. Consultant pour TRACE entre 2015 et 2017, chroniqueur dans Ciné Le Mag sur Canal+ International en 2020, présentateur de l’émission En Quête d’Afrique entre 2021 et 2022, il occupe successivement plusieurs positions dans la chaîne de valeur audiovisuelle. Il n’est pas seulement producteur d’œuvres. Il devient aussi médiateur, analyste, visage public et observateur d’un continent dont les récits audiovisuels cherchent à gagner en puissance.

Cette capacité à passer d’un rôle à l’autre explique son poids institutionnel. Depuis 2017, il co-préside le groupe francophone d’UniFrance, espace important pour la promotion du cinéma français à l’international. Depuis 2023, il est vice-président du SPI, en charge du bureau Animation. Ces responsabilités disent quelque chose de sa crédibilité professionnelle. Dans un secteur très structuré, où les équilibres entre producteurs, diffuseurs, distributeurs, institutions, auteurs et marchés sont complexes, accéder à ces fonctions suppose une reconnaissance par les pairs. Cela signifie que son influence ne repose pas seulement sur une filmographie, mais sur une capacité à représenter des intérêts, à défendre une vision et à participer à la gouvernance d’un secteur.

Avec Pathé Touch Afrique, Sébastien Onomo entre dans une phase plus directement stratégique. La question n’est plus seulement de faire naître des films. Elle est de les faire exister dans les salles, sur les territoires, auprès des publics, dans un environnement africain où la demande culturelle est forte, mais où les circuits restent inégalement développés. L’Afrique francophone dispose de talents, de récits, de stars, de publics jeunes et connectés. Mais l’économie du cinéma y reste confrontée à un paradoxe : beaucoup d’envie, encore trop peu de structures robustes pour transformer cette envie en marché durable.

C’est précisément là que son profil devient intéressant. Sébastien Onomo connaît la création, la production, les institutions, la télévision, les enjeux francophones et les contraintes de distribution. Il peut donc aborder l’Afrique non comme un simple territoire d’expansion, mais comme un espace culturel à structurer avec intelligence. Pathé Touch Afrique lui offre une plateforme pour travailler sur l’accès aux films, la circulation des œuvres, la professionnalisation des sorties, la relation avec les exploitants, les publics et les producteurs locaux. Pour l’industrie, l’enjeu est majeur : faire du cinéma africain un marché organisé, pas seulement une promesse répétée.

Son parcours révèle aussi une conviction plus profonde : les industries culturelles ne sont pas périphériques dans le développement africain. Elles produisent de la valeur, de l’emploi, de l’influence, de l’image et de la souveraineté narrative. À l’heure où les économies africaines cherchent à diversifier leurs moteurs de croissance, le cinéma, l’animation et l’audiovisuel deviennent des secteurs stratégiques. Ils peuvent former des talents, exporter des imaginaires, attirer des investissements, renforcer des marques pays et créer des ponts entre diaspora, continent et marchés internationaux.

Sébastien Onomo incarne cette génération de professionnels qui refuse de réduire l’Afrique à un sujet de film. Pour lui, le continent doit aussi devenir un lieu de décision, de production, de distribution et de rentabilité culturelle. C’est une différence essentielle. La bataille des images ne se gagne pas seulement par la qualité des scénarios. Elle se gagne aussi par la maîtrise des droits, des réseaux, des salles, des accords, des calendriers de sortie et de la relation avec les publics.

Dans cette trajectoire, il y a une forme de cohérence : partir de la littérature, entrer dans la production, apprendre auprès d’acteurs exigeants, créer sa structure, porter des films reconnus, représenter les producteurs, défendre l’animation, puis rejoindre une plateforme capable d’agir sur le marché africain. Sébastien Onomo n’a pas bâti une carrière linéaire. Il a construit une architecture. Et cette architecture dit beaucoup de ce que pourrait devenir le cinéma africain lorsqu’il cessera d’être pensé uniquement comme expression artistique pour être traité aussi comme industrie, actif économique et instrument d’influence.

À la tête de Pathé Touch Afrique, son défi sera désormais d’articuler ambition culturelle et efficacité commerciale. C’est souvent là que se joue la crédibilité des industries créatives africaines : produire des œuvres fortes, mais aussi les rendre visibles, accessibles, désirables et économiquement viables. Sébastien Onomo arrive à ce poste avec une expérience rare, faite de terrain, d’institution, de production et de narration. Dans un secteur où l’Afrique a longtemps été regardée comme un marché secondaire, il porte une idée plus exigeante : faire du continent un espace central de circulation, de valorisation et de puissance cinématographique.

Mérimé Wilson

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