De ENELCAM à SOCADEL : l’électricité camerounaise, ou l’histoire d’un État qui n’a jamais vraiment quitté la prise
Soixante-dix-huit ans après la création d’ENELCAM et plus d’un demi-siècle après l’absorption de POWERCAM par la SONEL, le Cameroun revient à une entreprise publique d’électricité avec SOCADEL.
Soixante-dix-huit ans après la création d’ENELCAM et plus d’un demi-siècle après l’absorption de POWERCAM par la SONEL, le Cameroun revient à une entreprise publique d’électricité avec SOCADEL. Mais ce retour de l’État ne sera crédible que s’il rompt avec les faiblesses anciennes du secteur : sous-investissement chronique, gouvernance opaque, réseau vieillissant, pertes techniques et commerciales, dette abyssale, qualité de service insuffisante. Derrière les sigles successifs se lit moins une simple histoire d’entreprises qu’une question nationale jamais résolue : qui doit contrôler l’électricité, pour quel modèle économique, avec quelle discipline de performance ?
De l’électricité industrielle à la souveraineté contrariée
L’histoire de l’entreprise chargée de gérer l’électricité au Cameroun commence par une ambiguïté fondatrice : le réseau électrique national n’est pas d’abord né comme un service universel pensé pour les ménages, les petites entreprises ou les territoires périphériques. Il s’est construit autour de pôles industriels, d’intérêts urbains et de priorités économiques ciblées. ENELCAM, créée en 1948 sous le nom d’Énergie Électrique du Cameroun, est chargée de développer l’aménagement hydroélectrique d’Edéa sur la Sanaga. Sa mission centrale est alors de fournir l’énergie à Douala, Edéa et surtout aux installations électrochimiques d’ALUCAM, symbole de l’industrialisation lourde du Cameroun colonial puis postcolonial. La centrale d’Edéa I dispose initialement de deux groupes de 11 MW, complétés ensuite par Edéa II, construite entre 1955 et 1958 avec six groupes de 20,8 MW chacun ; le site sera encore développé entre 1966 et 1976, d’abord par ENELCAM puis par la SONEL.
Cette origine pèse lourd. Elle signifie que l’électricité camerounaise est pensée, dès le départ, comme un instrument d’industrialisation avant d’être un droit économique de masse. La priorité n’est pas encore l’accès généralisé, mais la sécurisation énergétique de quelques centres urbains et industriels. Ce choix était compréhensible dans un pays qui devait bâtir ses bases productives. Mais il a installé une tension durable : le secteur électrique camerounais sera longtemps sommé de servir à la fois l’industrie, l’aménagement du territoire, les ambitions politiques, la rentabilité financière et la paix sociale, sans toujours disposer des investissements, de la discipline tarifaire et de la gouvernance nécessaires pour tenir ces objectifs ensemble.
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