
Il y a des opérations qui ressemblent à une simple ligne dans un communiqué financier, et qui, sur le terrain, peuvent transformer durablement un secteur entier. La reprise de BAO Cash & Carry au Cameroun fait partie de celles-là. Effective au 31 décembre 2025, elle marque le transfert de l’activité de l’opérateur historique vers 2S Retail, un acteur local appelé à reprendre les rênes d’un réseau stratégique de distribution.
Dans cet univers discret mais décisif du commerce de gros, le nom de Wilson Jonte apparaît comme l’un des visages camerounais associés à cette transition. Un profil peu exposé médiatiquement, mais dont la trajectoire et la rigueur évoquent davantage le bâtisseur que le communicant. Derrière cette reprise, il ne s’agit pas seulement d’un changement d’actionnariat, mais d’un test grandeur nature de la capacité des talents locaux à reprendre, structurer et projeter un modèle de cash & carry dans la durée.
Une reprise structurante : 7 magasins, un modèle populaire, une base pro solide
Implanté à Douala en 2018, BAO Cash & Carry s’est progressivement imposé comme une référence de la vente en gros, en s’adressant aussi bien aux ménages qu’aux professionnels. Son principal levier de croissance repose sur une clientèle de commerçants et de revendeurs fidèles, qui constituent le socle économique du modèle.
Le réseau compte aujourd’hui sept points de vente, dont cinq magasins intégrés à Douala et deux unités en franchise à Nkongsamba et Limbé. Ce périmètre représente bien plus que des surfaces commerciales. Il englobe une organisation logistique, des équipes, des contrats fournisseurs, des habitudes d’achat bien ancrées et une promesse centrale faite au marché : celle du prix accessible.
Le sens du deal : passer d’une “marque importée” à une exécution locale
La logique de la reprise s’inscrit dans une dynamique claire. D’un côté, l’ancien propriétaire privilégie désormais des partenariats et des franchises pour le développement de ses marques. De l’autre, 2S Retail affiche une volonté affirmée de maintenir l’ADN de BAO, en particulier le positionnement bas prix, tout en préservant les emplois existants.
Ce choix est loin d’être symbolique. Dans un contexte économique marqué par la pression sur le pouvoir d’achat, la promesse du prix bas devient un impératif opérationnel quotidien. Elle suppose une maîtrise fine des achats, une rotation rapide des stocks, une discipline rigoureuse en magasin et une gestion serrée de la trésorerie. C’est précisément dans cette capacité d’exécution que se joue la réussite réelle de l’opération.
Wilson Jonte : un profil finance et contrôle, naturellement attiré par le retail
Le parcours de Wilson Jonte renvoie à des compétences souvent invisibles du grand public mais essentielles à la solidité des entreprises. Gestion financière, audit, contrôle de gestion, fiscalité, structuration des processus comptables. Dans le secteur du retail, ces expertises constituent un avantage stratégique.
Un cash & carry ne se pilote pas uniquement à travers le chiffre d’affaires affiché. Il se juge à la marge réelle, à la fiabilité des inventaires, à la maîtrise des pertes et à la capacité à générer du cash de manière constante. Ce sont ces fondamentaux qui transforment une enseigne en organisation durable.
Les prises de parole professionnelles de Wilson Jonte autour de BAO Cash & Carry, observées ces dernières années, suggèrent une connaissance préalable de l’enseigne et de ses enjeux. Elles traduisent l’idée que cette reprise ne relève pas d’une opportunité ponctuelle, mais d’un intérêt mûri pour un modèle central dans l’économie urbaine camerounaise.
Le défi : préserver la promesse du prix sans dégrader l’expérience
Reprendre BAO Cash & Carry signifie reprendre un pacte avec le marché. Un pacte fondé sur trois équilibres essentiels.
Le premier est celui du prix. Dans le cash & carry, la perception du coût est déterminante. Dès que l’écart se réduit avec d’autres circuits d’approvisionnement, la fréquentation chute. La compétitivité passe donc par une négociation efficace avec les fournisseurs et une gestion optimisée des volumes.
Le second est celui de la disponibilité. Au Cameroun, un produit disponible au bon moment vaut parfois plus qu’un produit légèrement moins cher mais absent. La fiabilité des rayons est un facteur clé de fidélité, notamment pour la clientèle professionnelle.
Le troisième est celui de la confiance. Les commerçants attendent des règles claires, une facturation cohérente, une stabilité des gammes et une transparence dans les conditions commerciales. Sur ces aspects, une gouvernance locale peut constituer un atout, grâce à une meilleure compréhension des réalités du terrain.
2026 : l’année de la consolidation, le vrai test
L’année 2026 est annoncée comme une phase de consolidation. Dans le langage du retail, cela signifie une remise à plat méthodique des fondamentaux. Révision des coûts, amélioration des standards en magasin, sécurisation des systèmes de stock, montée en compétence des équipes, correction des irritants du quotidien.
C’est à ce stade que se mesure la valeur réelle d’un dirigeant ou d’un repreneur. Non pas dans l’annonce de la reprise, mais dans la capacité à réduire les ruptures, limiter les écarts de caisse, améliorer l’accueil, fluidifier le passage en caisse et restaurer la satisfaction client semaine après semaine.
2027 et après : le développement sous condition
La perspective d’un développement à partir de 2027 ouvre plusieurs scénarios possibles. Extension de magasins existants, nouvelles implantations, renforcement de l’offre à destination des professionnels, services de livraison ou de comptes clients dédiés. Toutes ces options sont envisageables, à condition que le socle opérationnel soit solide.
Dans le retail, la croissance n’est jamais une simple multiplication de points de vente. Elle suppose des systèmes robustes, capables de supporter l’expansion sans générer de pertes invisibles. Sans discipline, l’expansion devient un risque plutôt qu’un levier.
Une opération qui dépasse le simple cadre du commerce
La reprise de BAO Cash & Carry par un acteur local porte une portée symbolique forte. Elle illustre la montée en compétence d’entrepreneurs et de gestionnaires camerounais capables de prendre le relais sur des plateformes de distribution structurantes.
Au-delà des chiffres, c’est une question de stabilité économique et sociale. Approvisionner les petits commerçants, soutenir le pouvoir d’achat des ménages urbains et maintenir des emplois formels font de ce type d’enseigne un maillon clé de l’écosystème.
Si Wilson Jonte incarne cette nouvelle génération de dirigeants, son enjeu est limpide. Il ne s’agit pas simplement de posséder une enseigne, mais de la faire fonctionner avec rigueur, constance et proximité terrain. Dans le cash & carry, la légitimité ne se décrète pas. Elle se construit chaque jour, rayon après rayon, client après client.
Mérimé Wilson




