Jean-François NTSAMA-ETOUNDI : du terrain commercial à la gouvernance stratégique de la filière sucre

Dans l’économie camerounaise, le sucre n’est pas un produit ordinaire. Il touche à la consommation des ménages, à l’industrie agroalimentaire, aux circuits de distribution, aux équilibres de prix, à l’emploi et à la souveraineté productive. Derrière cette filière sensible, il faut des dirigeants capables de comprendre à la fois le marché, l’entreprise, les partenaires sociaux, les institutions et les enjeux industriels. C’est précisément à cette intersection que s’inscrit aujourd’hui Jean-François NTSAMA-ETOUNDI.
Directeur Général Adjoint de SOSUCAM depuis janvier 2025, il est également Président de l’Interprofession de la filière sucre du Cameroun, l’UPRASC. Cette double responsabilité dit beaucoup de son positionnement actuel : celui d’un dirigeant de terrain devenu acteur de gouvernance sectorielle. Son parcours n’est pas celui d’une ascension brusque, mais d’une construction patiente, forgée par près de trois décennies d’expérience commerciale, managériale et institutionnelle.
Avant d’occuper les plus hautes responsabilités chez SOSUCAM, Jean-François NTSAMA-ETOUNDI s’est formé dans l’un des environnements les plus exigeants de la grande consommation : Coca-Cola Entreprise SAS, en France. Entre 1997 et 2008, il y évolue pendant plus de onze ans, passant d’attaché commercial circuit alimentaire à délégué commercial, puis chef de secteur hors foyer et superviseur des ventes. Cette première partie de carrière lui donne une culture solide du résultat, de la négociation, de la distribution et de la proximité client.
Dans les métiers de la grande consommation, le terrain est une école impitoyable. Il impose la précision, la réactivité, la lecture fine des comportements d’achat, la gestion des volumes et la discipline commerciale. Cette expérience va durablement structurer son approche du management. Elle lui donne surtout une conviction : une entreprise ne se pilote pas uniquement depuis les bureaux. Elle se comprend aussi au contact des marchés, des clients, des équipes et des réalités quotidiennes de la distribution.
Lorsqu’il rejoint SOSUCAM à la fin des années 2000, Jean-François NTSAMA-ETOUNDI entre dans un univers plus complexe encore. L’entreprise sucrière n’est pas seulement un acteur industriel. Elle est aussi un opérateur agricole, un employeur important, un partenaire des pouvoirs publics et un acteur central de la sécurité d’approvisionnement du pays. Le sucre impose une chaîne de valeur longue, depuis la culture de la canne jusqu’à la transformation industrielle, puis la commercialisation. Dans un tel secteur, vendre ne suffit pas. Il faut organiser, anticiper, sécuriser et maintenir la confiance.
De novembre 2008 à octobre 2009, il occupe le poste de Chef du service commercial. Cette première fonction lui permet d’entrer dans les mécanismes propres au marché camerounais du sucre. Il y apprend les réalités des circuits locaux, la sensibilité des prix, les attentes des distributeurs et la nécessité de défendre une offre industrielle nationale dans un environnement concurrentiel.
Sa nomination comme Directeur commercial et marketing, en octobre 2009, marque le début d’une longue séquence stratégique. Pendant plus de treize ans, jusqu’en février 2023, il pilote une fonction décisive pour SOSUCAM. Il ne s’agit plus seulement de superviser les ventes, mais de porter une vision commerciale, de renforcer la marque, de structurer la relation client et d’accompagner la présence du sucre produit localement dans les différents segments du marché.
Cette période forge son identité de dirigeant. Elle l’oblige à concilier les objectifs de performance avec les contraintes du terrain. Elle lui permet aussi d’acquérir une connaissance profonde des consommateurs, des réseaux de distribution et des tensions qui traversent régulièrement les produits de grande consommation. Dans une économie où les importations, le pouvoir d’achat et les coûts logistiques influencent fortement les équilibres commerciaux, cette expérience devient un capital stratégique.
En mars 2023, Jean-François NTSAMA-ETOUNDI est nommé Secrétaire général de SOSUCAM. Ce changement de fonction élargit son périmètre. Après le marché, il entre davantage au cœur de la gouvernance interne, des relations institutionnelles, de la gestion humaine et des équilibres sociaux. Ce poste exige une autre forme d’autorité : moins commerciale, plus transversale ; moins centrée sur les volumes, davantage tournée vers la cohérence de l’organisation.
Cette étape est importante dans sa trajectoire. Elle transforme un manager commercial expérimenté en dirigeant capable de dialoguer avec plusieurs mondes à la fois : les équipes, les partenaires sociaux, les administrations, les interlocuteurs institutionnels et les différentes directions de l’entreprise. Dans une agro-industrie comme SOSUCAM, où la performance dépend autant de l’outil industriel que du climat social, cette capacité de médiation est essentielle.
Sa nomination comme Directeur Général Adjoint en janvier 2025 consacre cette évolution. Elle le place désormais dans une fonction de pilotage global, au moment où la filière sucre demeure stratégique pour le Cameroun. Pour SOSUCAM, les défis sont multiples : maintenir la compétitivité industrielle, renforcer la production locale, sécuriser l’approvisionnement, préserver l’emploi, améliorer les performances opérationnelles et répondre aux attentes croissantes en matière de durabilité.
À ce niveau, Jean-François NTSAMA-ETOUNDI apporte une compétence rare : la capacité à relier le terrain commercial à la décision stratégique. Il connaît les circuits, les clients, les contraintes de vente, les réalités internes et les impératifs institutionnels. Cette profondeur opérationnelle donne du poids à son leadership. Elle lui permet de ne pas penser l’entreprise comme une abstraction, mais comme un système vivant, composé de marchés, d’hommes, de processus, de territoires et de responsabilités.
Sa présidence de l’UPRASC renforce encore cette dimension. À la tête de l’Interprofession de la filière sucre du Cameroun, il n’agit plus seulement dans le cadre d’une entreprise. Il participe à la structuration d’un secteur. Cette responsabilité suppose de défendre les intérêts de la filière, de favoriser le dialogue entre les acteurs, de porter les enjeux de production locale et de contribuer à une vision plus cohérente de l’économie sucrière nationale.
C’est là que son profil prend toute sa portée. Jean-François NTSAMA-ETOUNDI appartient à cette catégorie de dirigeants dont la force ne repose pas sur l’exposition médiatique, mais sur la densité du parcours. Il a appris le marché avant d’entrer dans la gouvernance. Il a dirigé des équipes avant de représenter une filière. Il a construit son autorité dans la durée, par l’expérience, la constance et la connaissance des réalités économiques.
Dans un Cameroun qui cherche à renforcer ses capacités productives, son itinéraire rappelle une évidence : les filières stratégiques ne se consolident pas seulement par les investissements ou les décisions publiques. Elles ont aussi besoin de dirigeants capables de comprendre les équilibres du terrain, de tenir les organisations et de transformer l’expérience opérationnelle en vision industrielle.
Jean-François NTSAMA-ETOUNDI incarne ainsi une figure sobre mais centrale du leadership agro-industriel camerounais. À la Direction Générale Adjointe de SOSUCAM comme à la présidence de l’UPRASC, il porte désormais une responsabilité qui dépasse sa propre trajectoire : contribuer à faire de la filière sucre un levier de production, de stabilité et de souveraineté économique pour le Cameroun.
Mérimé Wilson




