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FedhEn Capital ouvre un nouveau cycle de gouvernance avec Josiane Tchoungui et Jules Samain

La nomination de Josiane Tchoungui à la présidence du conseil d’administration et de Jules Samain à la direction générale de FedhEn Capital intervient à un moment charnière pour cette société de bourse encore jeune, mais déjà très visible sur le marché financier de la CEMAC. Agréée par la COSUMAF en mars 2023, admise aux opérations du Dépositaire central unique de la BVMAC à compter du 24 octobre 2023, l’entreprise s’est donné pour mission de développer des solutions de placement et de financement capables de mobiliser l’épargne au service de l’investissement et de la dynamisation du marché sous-régional. La transition actuelle dépasse donc un simple changement de casting. Elle renvoie à une question plus structurante : FedhEn Capital peut-elle transformer une phase d’expansion rapide en trajectoire durable, crédible et institutionnellement solide.

Le contexte de l’entreprise explique la portée de cette recomposition. En moins de deux ans d’existence opérationnelle visible, FedhEn Capital a réussi à se positionner dans plusieurs segments stratégiques du marché régional. La société a renforcé sa présence au Gabon après y avoir structuré des opérations financières d’envergure, notamment des opérations de refinancement sur dette souveraine, et a annoncé l’ouverture d’un bureau à Libreville pour consolider cette implantation. Elle a aussi été désignée agent référent exclusif du PAPSS en zone CEMAC depuis le 23 septembre 2024, une fonction qui la place au croisement de l’intégration financière régionale et de l’ambition continentale portée par la ZLECAf. Autrement dit, FedhEn Capital n’est plus seulement une société de bourse en phase de lancement. Elle cherche déjà à devenir une plateforme d’intermédiation financière régionale, avec une vocation transfrontalière.

C’est précisément là que commence le véritable test. Dans l’univers des services financiers, la croissance rapide crée de la visibilité, mais elle accroît aussi l’exigence de gouvernance, de conformité, de contrôle des risques et de continuité managériale. La récente démission simultanée de l’ancien PCA Jean Claude Ngwa et de l’ADG Eugène Cissé Kouoh avait déjà mis en lumière la sensibilité de cette étape. Pour une structure encore en consolidation, un changement au sommet peut produire deux effets opposés : soit il crée une rupture de confiance, soit il ouvre une séquence de professionnalisation plus poussée. La clé réside moins dans l’annonce des nominations que dans la capacité du nouveau tandem à rassurer les investisseurs, les émetteurs, les régulateurs et les partenaires bancaires sur la stabilité de la vision stratégique.

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Le choix de Josiane Tchoungui pour présider le conseil d’administration apparaît, à cet égard, cohérent avec le besoin de crédibilité institutionnelle. Son parcours traverse la banque corporate, le crédit, la conformité, les engagements et la direction générale, avec des responsabilités exercées notamment chez Standard Chartered Bank Cameroun, BGFI Bank Cameroun puis Orabank Bénin, dont elle a dirigé la filiale à partir de septembre 2018 avant de rejoindre Atlantic Cocoa au Cameroun en 2023. Ce profil présente un atout important pour FedhEn Capital : il combine la lecture des risques, la discipline réglementaire et l’expérience de conduite d’institutions soumises à de fortes contraintes opérationnelles. Pour une présidente de conseil, ce n’est pas anecdotique. Dans une société de marché, la fonction ne consiste pas seulement à présider des réunions. Elle consiste à installer une architecture de gouvernance qui évite l’excès de personnalisation et qui impose une méthode dans l’allocation des priorités.

Le profil de Jules Samain répond, lui, à une autre exigence : celle de l’exécution et de l’origination. Il est un professionnel disposant de plus de vingt-deux ans d’expérience en banque d’investissement, banque commerciale et structuration de garanties. Plus récemment, il dirigeait chez Acumen le fonds Hardest-to-Reach consacré au financement de l’accès à l’énergie, après un passage remarqué par GuarantCo. Cette trajectoire est intéressante pour FedhEn Capital parce qu’elle suggère une maîtrise des instruments hybrides entre finance de développement, dette structurée et mobilisation de capitaux privés. Or, dans la CEMAC, le futur des sociétés de bourse ne se jouera pas uniquement sur le courtage classique, mais sur leur aptitude à monter des opérations complexes, à élargir la base d’investisseurs et à relier les besoins de financement de l’économie réelle à des solutions crédibles de marché.

Pour autant, il serait excessif de conclure que ces deux nominations garantissent mécaniquement le succès. Le premier défi de la nouvelle équipe est un défi de profondeur de marché. La CEMAC reste un espace financier encore étroit, marqué par une liquidité limitée, une base d’investisseurs institutionnels peu large et une dépendance persistante aux émissions souveraines. Même les acteurs les mieux outillés se heurtent à un environnement où l’animation du marché secondaire demeure insuffisante et où la transformation de l’épargne en capital long reste incomplète. Dans un tel contexte, la performance d’une société de bourse dépend autant de sa qualité interne que de sa capacité à créer l’écosystème qui manque encore autour d’elle.

Le second défi est concurrentiel. FedhEn Capital entre dans une zone où les banques, les gestionnaires d’actifs, les institutions publiques et les maisons de conseil cherchent tous à occuper l’espace du financement structuré. Sa différenciation devra donc être claire. Sa communication officielle insiste sur l’innovation, l’impact et la mobilisation de l’épargne. Mais pour convertir cette promesse en avantage durable, la nouvelle gouvernance devra démontrer que l’entreprise sait produire des résultats récurrents, sécuriser ses talents, standardiser ses process et maintenir une exigence de conformité irréprochable. L’époque où une maison de marché pouvait prospérer sur la seule qualité de son réseau relationnel s’achève. Les investisseurs demandent désormais de la traçabilité, de la transparence et une gouvernance lisible.

Le troisième défi touche à la cohérence stratégique. FedhEn Capital a déjà envoyé plusieurs signaux d’ambition, entre opérations structurées, expansion géographique et positionnement sur le PAPSS. Cette diversité peut être une force, mais elle peut aussi disperser les ressources si elle n’est pas hiérarchisée. Le tandem Tchoungui-Samain sera jugé sur sa capacité à clarifier le cœur du modèle économique. S’agit-il d’abord d’une maison de courtage régional, d’un arrangeur d’opérations sophistiquées, d’un intermédiaire au service de l’intégration financière africaine, ou d’une plateforme plus large de finance transformative comme le suggère sa présentation institutionnelle. Le succès exigera une réponse nette, parce que le marché punit vite les stratégies trop larges pour les moyens réellement disponibles.

Dans cette perspective, la complémentarité des deux nouveaux dirigeants peut devenir un avantage réel. Josiane Tchoungui apporte une culture de gouvernance, de contrôle et d’encadrement institutionnel. Jules Samain apporte une culture d’investissement, de structuration et d’ouverture sur des logiques plus internationales de financement. Sur le papier, l’association est pertinente. Elle peut aider FedhEn Capital à franchir le passage souvent difficile entre la phase entrepreneuriale, dominée par la conquête, et la phase institutionnelle, dominée par la discipline et la montée en échelle. Mais cette complémentarité devra se traduire rapidement dans les faits, notamment par une feuille de route visible, une stabilité du management intermédiaire et des mandats concrets capables d’ancrer la nouvelle équipe dans la performance.

Au fond, ces nominations sont moins une arrivée qu’un commencement. Elles confèrent à FedhEn Capital un supplément de crédibilité et d’ambition, mais elles l’exposent aussi à un niveau d’attente plus élevé. Dans un marché régional encore en construction, la réussite ne dépendra pas seulement du prestige des profils recrutés. Elle dépendra de leur capacité à transformer une promesse institutionnelle en exécution durable, à stabiliser la gouvernance après une transition sensible, et à faire de FedhEn Capital non pas un acteur médiatiquement visible, mais une référence opérationnelle du financement en Afrique centrale. C’est à cette aune, et seulement à cette aune, que le tandem Josiane Tchoungui-Jules Samain pourra être considéré comme un vrai tournant pour l’entreprise.

Mérimé Wilson

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