
Après une décennie agitée, la compagnie camerounaise Chanas Assurances, filiale de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), opère un tournant stratégique. Lors d’une session extraordinaire tenue à Douala le 7 novembre 2025, son conseil d’administration a confié les rênes de la société à May Daphné Ngallé‑Miano pour trois ans. Cette nomination met fin à l’intérim assuré depuis août 2025 par Bibiane Francine Mbia et survient après l’éviction de l’ancien directeur général Henri Théodore Bayouak. Le choix de Mme Ngallé‑Miano, qui a fait ses armes dans la banque, marque « une étape déterminante dans la modernisation de Chanas Assurances » et s’appuie sur son expertise financière et sa vision stratégique reconnues.
Un profil de haute facture pour une maison en reconstruction
Âgée d’une quarantaine d’années, May Daphné Ngallé‑Miano affiche plus de vingt ans de carrière dans le secteur financier. Passée par la Banque Atlantique, Bange Bank et Ecobank, elle a dirigé des équipes de trésorerie et de marchés et s’est formée à la stratégie d’entreprise à HEC Paris. Sa nomination intervient alors que Chanas Assurances poursuit un processus de redressement entamé en 2020 : sa maison‑mère, la SNH, a alors injecté 2,3 milliards FCFA pour porter le capital social à 6 milliards. Cette recapitalisation a permis d’endiguer la descente aux enfers amorcée en 2013 à la suite d’un conflit au sommet entre l’ancienne PDG Jacqueline Cassalegno et le directeur général de la SNH, Adolphe Moudiki.
Malgré ces efforts, la compagnie jadis leader du marché camerounais n’occupe plus que la troisième place de l’assurance non‑vie, avec 10,8 % de parts de marché en 2022, contre 13,5 % pour AXA et 11 % pour Activa. Elle ambitionne néanmoins d’accroître de 10 % son chiffre d’affaires et son résultat net en 2025. Pour soutenir cette croissance, Chanas a ouvert en 2022 une filiale vie dotée d’un capital de 5,2 milliards FCFA afin de se diversifier et de devenir « le partenaire privilégié pour les particuliers et les entreprises ».
Une gouvernance à restaurer et la confiance à reconquérir
Mme Ngallé‑Miano prend la tête d’un assureur encore fragilisé par des affaires judiciaires. En septembre 2025, la compagnie a dû reconnaître qu’une procédure judiciaire était en cours à la suite d’audits contradictoires soupçonnant la disparition de plusieurs milliards de FCFA. Le même communiqué insistait néanmoins sur la poursuite normale des activités et sur l’ancrage de l’éthique, de la responsabilité et de la transparence dans la stratégie de l’entreprise. Cette exigence de probité et de crédibilité sera l’un des premiers défis de la nouvelle directrice générale, qui devra veiller au respect des normes de la CIMA et de la Commission régionale de contrôle des assurances (CRCA) tout en restaurant la confiance des régulateurs, des assurés et des partenaires.
Consolider la croissance et moderniser l’entreprise
Outre la restauration de la gouvernance, May Daphné Ngallé‑Miano devra consolider la trajectoire de croissance. Le conseil d’administration attend d’elle une gouvernance solide et pérenne et la mise en œuvre d’un plan de redressement durable. Les objectifs financiers – maintenir le cap de 10 % de croissance des revenus et des bénéfices – devront se concrétiser dans un marché où la concurrence s’intensifie, notamment face aux géants internationaux (AXA, SanlamAllianz) et aux assureurs locaux comme Activa ou SAAR. Sa maîtrise des métiers de marché devrait lui permettre d’optimiser la gestion du capital, d’améliorer la rentabilité et de renforcer les ratios de solvabilité.
La nouvelle patronne devra également réinventer l’offre et les processus. Le secteur de l’assurance est bousculé par les innovations numériques et les exigences croissantes des clients. Claudine Manga, présidente du conseil d’administration, souligne d’ailleurs que Mme Ngallé‑Miano devra placer « l’innovation technologique et la modernisation des processus » au cœur de son action. Cela passera par la digitalisation de la distribution et de la gestion des sinistres, par l’exploitation de la data pour mieux segmenter les risques et par le développement de produits innovants – micro‑assurance, couverture agricole ou santé – afin de relever le faible taux de pénétration du marché camerounais.
Diversification et expansion régionale
Dans son plan de relance, Chanas Assurances ne se contente pas de l’assurance non‑vie. La création de la filiale Chanas Assurances Vie, avec un capital de 5,2 milliards FCFA, ouvre de nouvelles perspectives. La nouvelle directrice devra bâtir des synergies entre les deux branches, développer l’assurance vie et capitalisation, et accompagner les grands programmes d’infrastructures qui foisonnent en Afrique centrale. La diversification pourrait aussi passer par des partenariats bancaires – un domaine qu’elle connaît bien – pour proposer des produits combinés (bancassurance) et par une expansion vers les marchés de la CEMAC et de la CEEAC afin de réaliser des économies d’échelle.
Un leadership humain pour un nouveau souffle
Enfin, la réussite de Mme Ngallé‑Miano dépendra de sa capacité à insuffler une culture d’entreprise unifiée et performante. Après plusieurs années de conflits internes et de transitions rapides à la tête de la compagnie, les équipes ont besoin de repères et de stabilité. Son parcours dans de grands établissements bancaires l’a habituée au management des talents et à la gestion du changement. Elle devra donc fédérer les collaborateurs autour d’un projet commun, investir dans la formation et encourager l’excellence opérationnelle tout en préservant l’ADN camerounais de la société.
Perspectives
L’arrivée de May Daphné Ngallé‑Miano à la direction générale de Chanas Assurances symbolise une volonté de rupture sans reniement : consolider l’héritage d’une marque historique tout en l’adaptant aux réalités du XXIᵉ siècle. Entre consolidation financière, transformation numérique, diversification de l’offre et restauration de la gouvernance, les défis sont nombreux, mais ils se révèlent à la hauteur de l’expertise et de l’ambition de la nouvelle dirigeante. Sa mission est claire : remettre Chanas Assurances sur le chemin du leadership et en faire un acteur de référence dans l’assurance en Afrique centrale.
Mérimé Wilson




