La nomination de Patrice Etame Etame ne l’installe pas à la tête d’une infrastructure déjà opérationnelle. Elle lui confie une mission plus exigeante : transformer un projet longtemps mûri en un actif industriel capable de renforcer durablement la sécurité énergétique du Cameroun. Nommé directeur général du Dépôt pétrolier de Kribi (DPK) le 17 août 2026, ce cadre chevronné de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) prend les commandes d’une société de projet dont la réussite se mesurera à sa capacité à passer des études à la contractualisation, puis des plans à la mise en service.
La décision a été prise à Douala lors de la première session du Conseil d’administration du DPK, structure créée par la SCDP pour conduire la réalisation du futur Terminal à hydrocarbures de Kribi. Au cours de cette même réunion, Véronique Moampea Mbio, directrice générale de la SCDP, a été élue présidente du Conseil d’administration de la nouvelle entité. Cette architecture de gouvernance place ainsi le projet sous un double pilotage : une supervision stratégique assurée par la dirigeante de l’opérateur national de stockage et une direction opérationnelle confiée à un homme qui connaît, de l’intérieur, les contraintes industrielles, administratives et financières du chantier. La nomination a été officiellement annoncée par la SCDP le 18 août 2026.
Un dirigeant choisi pour construire, pas seulement administrer
Le choix de Patrice Etame Etame traduit une préférence pour la continuité institutionnelle et la maîtrise technique. Présent à la SCDP depuis janvier 2002, il y a traversé plusieurs fonctions exposées aux dimensions les plus sensibles de l’entreprise : gestion du patrimoine, plans d’urgence, environnement, achats, marchés publics, qualité, sécurité industrielle, opérations et maturation des investissements.
Cette trajectoire est particulièrement adaptée à la nature du mandat qui lui est désormais confié. Le Terminal à hydrocarbures de Kribi n’est pas uniquement un ouvrage de génie industriel. Il constitue un ensemble complexe dans lequel devront s’articuler ingénierie, financement, conformité environnementale, sécurité des installations, contractualisation, commande publique et coordination entre plusieurs acteurs institutionnels et techniques.
Patrice Etame Etame commence son parcours au sein de la SCDP par la gestion technique du patrimoine. Il prend ensuite la responsabilité des plans d’urgence et de l’environnement avant de diriger la cellule des achats, tout en intervenant dans les procédures de passation des marchés. À partir de 2012, il s’installe durablement dans le management HSEQ, puis prend la direction QSE de l’entreprise. Il assure également le pilotage du Centre de formation à la sécurité industrielle de Douala.
Depuis 2023, en qualité de conseiller technique, il travaille sur les opérations, la veille stratégique, le management QSE et les programmes d’investissements. Président de la Commission interne de maturation des projets, il était déjà placé au cœur du dispositif chargé de transformer les ambitions industrielles de la SCDP en projets techniquement cohérents et financièrement soutenables. Sa nomination au DPK apparaît ainsi moins comme une rupture que comme l’aboutissement logique d’une progression construite autour de la maîtrise des risques et de la conduite de projets complexes.
Kribi, nouveau verrou de la sécurité énergétique camerounaise
L’enjeu dépasse largement la création d’un dépôt supplémentaire. Le Cameroun demeure confronté à une insuffisance de ses capacités de stockage, à une forte concentration de ses infrastructures d’entrée dans la zone de Douala et à la nécessité de mieux absorber les perturbations internationales susceptibles d’affecter la disponibilité des produits pétroliers.
Dans sa première phase, le Terminal à hydrocarbures de Kribi prévoit une capacité de stockage de 140 000 m³ de produits pétroliers liquides, dont 90 000 m³ de gasoil et 50 000 m³ de super, auxquels s’ajouteront 12 000 tonnes métriques de gaz de pétrole liquéfié. Le complexe comprendra un dépôt terrestre moderne ainsi qu’un quai pétrolier permettant la réception des produits énergétiques. Ces capacités ont été confirmées par le Port autonome de Kribi.
La création du DPK donne désormais au projet son véhicule juridique et opérationnel. Cette étape doit notamment faciliter la contractualisation des marchés, l’organisation du financement, la coordination des études et la conduite des travaux, dont la durée prévisionnelle est estimée à 30 mois.
En décembre 2025, la SCDP, le Port autonome de Kribi et le consortium Parlym-Negri avaient déjà signé un protocole d’accord portant sur la composante maritime du terminal, notamment le quai et la zone manifold. Ce dispositif doit permettre l’accueil de navires de plus grande capacité, réduire les délais d’approvisionnement et limiter certains coûts logistiques. Le partenariat vise également à renforcer les stocks stratégiques nationaux.
À terme, Kribi pourrait offrir au Cameroun un second point d’entrée maritime majeur pour les produits pétroliers, en complément de Douala-Bonabéri. Le projet participerait ainsi à une meilleure répartition géographique des infrastructures critiques et à une réduction de la vulnérabilité du réseau national. Sa portée est également régionale : adossé au port en eau profonde et à sa zone industrialo-portuaire, le terminal pourrait améliorer la desserte du Tchad et de la République centrafricaine.
Une culture du risque au service de l’exécution
La formation de Patrice Etame Etame éclaire également le profil recherché pour cette phase du projet. Ingénieur industriel de formation exécutive à CentraleSupélec, titulaire d’un Master of Science en management et stratégie, d’un MBA de l’ESG UQAM et d’un master en business international et finance d’entreprise, il a complété son parcours par des travaux en gouvernance, performance et management du secteur public. Sa formation récente en Risk & Finance à KEDGE Business School renforce cette orientation vers l’analyse financière, la modélisation et la maîtrise des risques.
Dans un projet de cette dimension, la culture du risque ne constitue pas une compétence périphérique. Elle conditionne la qualité des arbitrages techniques, le contrôle des coûts, le respect des délais, la sécurité industrielle et la confiance des partenaires financiers. Elle doit également permettre d’intégrer les exigences environnementales particulièrement sensibles dans la zone de Kribi. En juin 2026, la SCDP indiquait d’ailleurs que les consultations liées à l’étude d’impact environnemental et social détaillée constituaient l’une des prochaines étapes du processus. Le projet a été présenté au ministre de l’Eau et de l’Énergie le 23 juin 2026.
Patrice Etame Etame entre ainsi dans une fonction où l’expérience ne suffira pas. Il lui faudra installer une organisation, réunir les compétences, sécuriser les contrats, coordonner les parties prenantes et maintenir la cohérence d’un chantier observé au plus haut niveau de l’État. Son mandat sera jugé sur des résultats concrets : la qualité des infrastructures, la maîtrise des délais, la transparence de l’exécution et la capacité du terminal à produire les gains logistiques et énergétiques annoncés.
Cette nomination intervient donc à un moment charnière. Après plus de deux décennies de maturation, le projet du Dépôt pétrolier de Kribi entre dans le temps de la responsabilité opérationnelle. En confiant sa direction à un cadre issu de ses rangs, rompu aux achats, à la sécurité industrielle, aux investissements et à la gouvernance des projets, la SCDP fait le pari de la connaissance institutionnelle. À Patrice Etame Etame revient désormais la tâche la plus difficile : convertir cette connaissance en capacité d’exécution.
Mérimé Wilson
