IHS Towers, l’un des grands opérateurs mondiaux d’infrastructures de télécommunications partagées, confie la direction générale de sa filiale camerounaise à Fatim Cissé Kouadio. Une nomination qui, au-delà du mouvement managérial, vient rappeler une réalité stratégique : au Cameroun, la bataille de la connectivité ne se gagne plus seulement sur les réseaux des opérateurs, mais aussi ( et de plus en plus ) sur la performance des towercos, ces industriels des tours qui rendent possible la couverture, la qualité de service et l’extension des réseaux.
À la date de rédaction, aucun communiqué public facilement accessible sur les canaux institutionnels consultés ne détaille les contours de cette prise de fonction. Mais le choix du profil, lui, parle déjà : une dirigeante à l’ADN RH et transformation, passée par Ericsson, bâtisseuse de systèmes, et entrepreneure dans l’IA. Autrement dit, une manager de “l’infrastructure invisible” (celle des organisations, des compétences et de l’exécution ) appelée à piloter l’infrastructure la plus visible de l’économie numérique.
IHS Cameroun, un acteur-clé de la couverture nationale
Implantée au Cameroun depuis le lancement de ses opérations à la fin de 2012, IHS Cameroun s’est rapidement imposée comme un partenaire structurant de l’écosystème télécom. En 2013, l’entreprise a notamment acquis les tours de MTN Cameroon et conclu un contrat de type Management with License to Lease avec Orange Cameroun, consolidant ainsi sa position dans l’infrastructure passive du pays.
Aujourd’hui, la filiale opère depuis Douala et s’appuie sur des antennes régionales à Yaoundé, Buéa, Bertoua, Bafoussam et Garoua. Un dispositif de proximité indispensable pour gérer des sites dispersés, des enjeux énergétiques complexes et un haut niveau d’exigence opérationnelle.
Sur ses pages institutionnelles, IHS met en avant un parc d’environ 2 470 sites au Cameroun, dans un marché où la densification réseau, les besoins de modernisation énergétique et les attentes des consommateurs continuent de croître.
Dans le pays, l’entreprise communique également sur des initiatives d’inclusion numérique, comme la construction de Tower Kiosks ou la mise en service de centres ICT, montrant une volonté d’ancrage social dans les régions.
Une passation qui intervient dans un contexte d’exécution exigeant
La direction de IHS Cameroun est un poste à haute intensité : disponibilité réseau, qualité de maintenance, sécurité des sites, coûts énergétiques, vandalisme, relations avec les opérateurs et conformité réglementaire. Sur ces sujets, les sorties publiques récentes de la filiale illustrent la pression du terrain et la centralité du dialogue avec les autorités et le régulateur.
La feuille de route est connue du secteur :
- fiabiliser l’énergie (hybride, optimisation, réduction des indisponibilités),
- accélérer la densification (urbanisation, corridors économiques, nouvelles zones de couverture),
- sécuriser les actifs (vols, sabotage, dégradations),
- tenir les SLA (engagements de disponibilité) dans un environnement où chaque panne se répercute immédiatement sur l’expérience client des opérateurs.
C’est dans ce contexte que l’arrivée de Fatim Cissé Kouadio est attendue comme une inflexion de style : davantage de discipline d’exécution, de mobilisation des équipes, et une lecture “capitaux humains + performance” pour absorber la complexité opérationnelle.
Fatim Cissé Kouadio, une trajectoire RH, transformation… et IA
Le parcours de Fatim Cissé Kouadio épouse une logique de construction : former, structurer, faire monter en puissance. Présentée par plusieurs sources comme la fondatrice de DUX Côte d’Ivoire et dirigeante associée à IHS en Côte d’Ivoire, elle revendique un positionnement rare à l’intersection de la transformation organisationnelle et des technologies (IA / machine learning).
Son itinéraire professionnel (de l’Amérique du Nord à l’Afrique de l’Ouest ) la place dans une catégorie de dirigeantes capables de naviguer entre standards internationaux et contraintes locales. Une expérience qui compte, lorsqu’il faut gérer à la fois des impératifs de conformité groupe, des réalités terrain (logistique, énergie, sécurité) et des attentes très concrètes des opérateurs.
Dans l’écosystème, elle est également identifiée comme l’une des figures féminines mises en avant pour des engagements autour de l’innovation et de l’éducation, ce qui renforce un capital d’influence utile dans un secteur où la réputation institutionnelle pèse souvent autant que la technologie.
Ce que sa nomination peut changer pour IHS Cameroun
Au Cameroun, IHS n’est pas seulement un exploitant de tours : c’est un maillon de souveraineté numérique. La qualité de son exécution influence directement la capacité du pays à : étendre la couverture, absorber les pics de trafic, préparer les usages data, et accompagner les ambitions de digitalisation de l’administration comme des entreprises.
Avec Fatim Cissé Kouadio, trois chantiers apparaissent prioritaires.
1) Energie et continuité de service.
L’optimisation des systèmes énergétiques est un sujet de compétitivité autant que de durabilité. IHS met déjà en avant des solutions “green energy” et des approches hybrides au Cameroun. La prochaine étape, c’est l’industrialisation : standards, maintenance prédictive, réduction du diesel, meilleure planification des interventions.
2) Sécurité des sites et résilience.
Vandalisme et vols sur les infrastructures télécom restent un sujet majeur, régulièrement cité dans les échanges publics du secteur. Renforcer la résilience, c’est investir dans la surveillance, la sécurisation, mais aussi dans la coordination avec les communautés et les autorités locales.
3) Culture de performance et talents.
C’est probablement le terrain le plus naturel pour la nouvelle directrice générale : renforcer la chaîne managériale, faire progresser les compétences, stabiliser les équipes clés, et installer une culture d’exécution où les indicateurs ne servent pas à constater, mais à corriger vite.
Une nomination à forte portée symbolique
Dans un secteur encore très masculin, voir une femme dirigeante piloter une filiale stratégique au Cameroun est un signal important. Pas un symbole “marketing”, mais une réalité de gouvernance : l’infrastructure télécom est désormais une industrie, et l’industrie se pilote avec méthode, leadership, et capacité à faire travailler ensemble ingénierie, finance, opérations et parties prenantes.
Pour IHS Towers, le Cameroun est un marché d’importance par sa démographie, son économie et son rôle de hub en Afrique centrale. Pour l’écosystème, c’est une attente : que la tour devienne un accélérateur silencieux de la couverture, de la qualité de service et, au bout de la chaîne, de la compétitivité du pays.
Mérimé Wilson
