L’élection d’Ernest Pouhe, directeur général d’Attijari Securities Central Africa (ASCA), à la présidence de l’Association des sociétés de bourse d’Afrique centrale (ASBAC) a été largement relayée. L’information est acquise. Ce qui mérite maintenant un traitement éditorial premium, c’est la lecture “place financière” de cette séquence : pourquoi ce profil compte, quels leviers sont à portée d’une association professionnelle, et quels résultats tangibles peuvent être attendus à horizon 24 mois. (Pour mémoire, l’annonce de l’élection a notamment été rapportée par Financial Afrik.)
Portrait : un banquier d’affaires de terrain, entre structuration et pédagogie financière
Ernest Pouhe n’arrive pas à ce poste par effet de vitrine. Son ancrage est celui d’un praticien des marchés : structurer, arranger, placer, puis défendre la crédibilité des instruments et la discipline des investisseurs. ASCA, qu’il dirige, est citée dans la région sur des opérations obligataires souveraines, notamment au Gabon, où elle apparaît comme co-arrangeur dans le cadre d’une mobilisation annoncée de 200 milliards FCFA.
Son profil se lit aussi dans sa manière de “parler marché”. Lors de la Semaine internationale de l’investisseur CEMAC, il met en avant la diversification du portefeuille et la logique de préservation du capital, un discours qui s’inscrit dans une culture de long terme rare dans des écosystèmes où l’investisseur hésite encore entre l’épargne, l’immobilier et la Bourse.
À cela s’ajoute une reconnaissance dans des répertoires de leadership économique : il est référencé par Choiseul Africa, qui le présente comme directeur général d’ASCA.
Pourquoi l’ASBAC peut peser plus qu’on ne le croit
Dans un marché en construction, l’association des intermédiaires n’est pas un “club”. C’est potentiellement une infrastructure invisible de la place : celle qui fabrique des standards, aligne des pratiques, sécurise les comportements et convertit la technique en propositions actionnables pour les autorités.
Le contexte régional rend cette mission concrète, presque urgente. Les indicateurs publiés par la BVMAC montrent un marché où la dette pèse nettement plus que les actions : la capitalisation boursière globale est affichée autour de 477,7 milliards FCFA, tandis que l’encours des dettes obligataires dépasse 1 400 milliards FCFA (tableau de bord de la BVMAC).
Cela raconte une réalité simple : la région sait lever des fonds, mais la profondeur du marché (liquidité, animation, diversité d’émetteurs, densité d’investisseurs) reste le vrai défi.
Le “test Pouhe” : trois livrables à forte valeur ajoutée sur deux ans
Installer l’ASBAC comme interlocuteur technique, pas seulement institutionnel
La notion “d’interlocuteur clé” ne vaut que si elle se traduit par des notes, des propositions et des mécanismes immédiatement utilisables par le régulateur et la Bourse : simplifications, harmonisations, retours de terrain, et doctrine commune sur les sujets qui freinent le passage à l’échelle.
La profession est déjà structurée par des agréments et un périmètre d’activités précis. La COSUMAF rappelle notamment le rôle et la liste des sociétés de bourse agréées intervenant sur le Marché Financier Régional.
C’est précisément ce socle qui permet à l’ASBAC de passer de la représentation à l’influence.
Faire basculer la place du “marché d’émissions” au “marché de transactions”
Une place financière crédible ne se juge pas seulement à la capacité à émettre, mais à la capacité à faire circuler : fréquence des transactions, formation des prix, régularité de l’information, possibilité d’entrer et de sortir sans casser le marché.
Sur ce terrain, l’ASBAC peut obtenir des gains rapides si elle pousse une discipline collective : standards de diffusion d’informations, engagement de bonnes pratiques, routines de marché, et mécanismes qui réduisent la fragmentation entre l’offre et la demande.
Créer un pipeline privé “bankable”
La dette souveraine ne peut pas être l’unique moteur. L’enjeu stratégique est l’émergence d’émetteurs privés crédibles : entreprises, institutions financières, projets structurés, véhicules d’investissement.
Ici, la valeur de la présidence Pouhe se mesure à une capacité de méthode : transformer les savoir-faire des banques d’affaires et sociétés de bourse en “pack émetteur” de place (préparation, gouvernance, information financière, calendrier, exigences minimales), pour réduire les coûts et accélérer le time-to-market des entreprises candidates.
Une présidence qui se gagnera sur la preuve
Ernest Pouhe arrive à la tête de l’ASBAC avec un profil cohérent : pratique des opérations, lecture des risques, culture du rendement, et volonté affichée de positionner l’association comme un partenaire structurant des autorités. Mais la performance ne se jouera pas dans les symboles.
Au terme des 24 mois, le mandat sera crédible si la place peut montrer des progrès visibles sur trois compteurs simples : plus d’émetteurs privés, plus de transactions régulières, plus de confiance investisseur. Si ces trois lignes bougent, l’élection ne sera plus une “actualité” : elle deviendra un tournant de place.
Mérimé Wilson
