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Blaise Kengne Kouokam et le retour d’un industriel chez SIC Cacaos

Nommé en octobre 2026 à la direction de SIC Cacaos et des activités de Barry Callebaut au Cameroun, l’ingénieur revient après une séquence de responsabilités au Nigeria.

Par La rédaction Publié le 5 novembre 2026 5 minutes de lecture

Nommé en octobre 2026 à la direction de SIC Cacaos et des activités de Barry Callebaut au Cameroun, l’ingénieur revient après une séquence de responsabilités au Nigeria. Son parcours dans les opérations, l’approvisionnement et la durabilité prend tout son relief au moment où la transformation locale doit défendre ses volumes et son équilibre économique.

Quarante mille douze tonnes de fèves reçues pendant la campagne 2025-2026, contre 46 532 une saison plus tôt. Le recul de 14 % des achats de SIC Cacaos donne une mesure immédiate du terrain sur lequel arrive Blaise Kengne Kouokam. Ces chiffres concernent les approvisionnements de l’entreprise, et non sa production de produits transformés. Ils rappellent qu’une usine se dirige bien avant l’entrée de la matière sur la ligne : sa performance commence dans la capacité à sécuriser les fèves.

Sa nomination, rendue publique en octobre 2026, le place à la tête de SIC Cacaos et des activités camerounaises de Barry Callebaut, en succession de Mamadou Ly. Pour ce dirigeant, il s’agit d’un retour dans un environnement industriel déjà connu. L’intérêt de ce mouvement dépasse toutefois la familiarité avec une entreprise : il réunit, au même poste, plusieurs expériences situées aux endroits où se joue la compétitivité d’un transformateur de cacao.

Une autorité construite dans les opérations

Ingénieur formé à l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé, Blaise Kengne a exercé dans la maintenance, la conduite de sites et la gestion des opérations. Son parcours passe également par les activités de traitement des fèves à Douala. Cette formation au contact de l’outil industriel donne un contenu concret à son profil : comprendre une installation, ses contraintes et les conséquences d’un défaut de continuité avant de piloter l’ensemble du système.

La maintenance offre, à cet égard, une école exigeante de la direction. Un équipement disponible ne garantit pas une usine performante, mais un équipement indisponible peut désorganiser la production, les livraisons et la trésorerie. Le responsable apprend à relier des décisions techniques à des effets économiques. Lorsqu’il prend ensuite des fonctions plus larges, cette lecture aide à distinguer une économie immédiate d’un coût simplement repoussé.

L’étape nigériane élargit son périmètre. Il y exerce des responsabilités dans les opérations, puis dans l’approvisionnement et la durabilité, avant de devenir directeur général de Barry Callebaut Nigeria en octobre 2023. Il complète également sa formation par un Executive MBA à Rome Business School. La progression est significative : de la fiabilité d’un outil à celle d’une chaîne d’approvisionnement, puis à la responsabilité d’une activité nationale.

Ces métiers ne produisent pas spontanément les mêmes priorités. La production recherche la régularité ; les achats doivent composer avec le marché ; la durabilité exige de documenter les pratiques et les origines. La direction générale doit rendre ces impératifs compatibles. C’est cette capacité de synthèse que son retour au Cameroun met désormais à l’épreuve. L’expérience acquise au Nigeria constitue un acquis ; ses résultats camerounais restent à construire.

Sécuriser la matière sans fragiliser l’entreprise

Pour un industriel du cacao, disposer d’une capacité de transformation ne suffit pas à en garantir l’utilisation. Il faut acheter la matière, la financer, répondre aux spécifications des clients et organiser l’écoulement des produits. Chacune de ces étapes engage des ressources avant que la vente ne soit encaissée. Une hausse de la valeur des fèves peut donc accroître le besoin de financement, même lorsque les volumes ne progressent pas.

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Le recul des approvisionnements de SIC Cacaos ne permet pas, à lui seul, d’identifier la part respective des contraintes de marché, des arbitrages commerciaux ou des choix internes. Lui attribuer une cause unique serait prématuré. Il installe cependant une question de direction : à quelles conditions l’entreprise peut-elle retrouver des volumes économiquement soutenables ? Acheter davantage n’a de sens que si la transformation et la vente préservent l’équilibre de l’ensemble.

La connaissance de l’approvisionnement et de la durabilité devient ici particulièrement utile. Les relations avec les fournisseurs, la qualité des lots et la fiabilité des informations accompagnant les fèves font partie du même travail. La traçabilité doit pouvoir s’intégrer aux opérations quotidiennes. Lorsqu’elle reste une formalité ajoutée après l’achat, elle risque de produire des coûts et des reprises de dossiers ; lorsqu’elle est organisée en amont, elle peut améliorer la maîtrise de la chaîne.

À l’intérieur de l’usine, l’équation se prolonge par les rendements, les pertes, la maintenance et le respect des délais. Le rôle du directeur consiste à relier ces indicateurs à la marge et au besoin de financement. Le tonnage conserve son importance, mais il ne résume pas la qualité de l’exécution. Une activité peut progresser en volume tout en mobilisant trop de ressources ou en dégradant ses conditions commerciales.

Un mandat local dans un groupe en réorganisation

Ce retour intervient alors que Barry Callebaut a lancé, en juin 2026, son programme Focus for Growth, présenté notamment comme un renforcement de la responsabilité des régions. Dans ses chiffres publiés en juillet, le groupe fait état d’un recul de 2,8 % des volumes sur les neuf premiers mois de l’exercice 2025-2026, malgré un redressement au troisième trimestre. Ces données concernent l’ensemble du groupe ; elles ne décrivent pas les résultats de SIC Cacaos.

Le contexte donne néanmoins un relief particulier au mandat camerounais. Une direction locale doit défendre ses priorités industrielles tout en les inscrivant dans les arbitrages d’un ensemble mondial. Elle doit faire remonter une information suffisamment précise pour que les décisions de financement, d’organisation et d’investissement répondent aux contraintes du terrain. L’expérience régionale de Kengne sera utile si elle se traduit par cette qualité de dialogue.

Pour le Cameroun, l’enjeu est également de donner un contenu économique durable à la transformation locale. La présence d’une usine crée une possibilité de valeur ajoutée ; la maîtrise de ses approvisionnements, de ses coûts et de ses débouchés permet de la réaliser. C’est dans cet espace, entre ambition nationale et discipline d’exploitation, que le nouveau directeur général devra exercer son autorité.

Blaise Kengne Kouokam revient ainsi avec une singularité lisible : un parcours qui relie la mécanique industrielle, la matière première et la direction d’un marché. Sa nomination ne vaut pas bilan. Elle permet en revanche d’identifier les compétences mobilisées pour le prochain chapitre de SIC Cacaos. Le véritable test sera leur conversion en continuité industrielle, en relations d’approvisionnement solides et en performances capables de durer.

Oswald M

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