Rebecca Enonchong, première Africaine vice-présidente de la Chambre de Commerce Internationale

Le 11 juin 2026, à Paris, le World Council de la Chambre de Commerce Internationale a officialisé la nomination de Rebecca Enonchong à la vice-présidence de l’institution. Une première dans l’histoire de l’organisation. Jamais une dirigeante africaine n’avait accédé à ce niveau de gouvernance au sein de la plus ancienne et de la plus influente organisation de commerce privé au monde.

L’ICC représente des entreprises dans plus de 170 pays. Elle n’est pas un club de networking. Ce sont ses experts qui ont rédigé les Incoterms, la grammaire universelle des contrats d’import-export. C’est sa Cour Internationale d’Arbitrage qui règle les différends commerciaux les plus complexes entre États et multinationales. Et c’est au sein de ses commissions que le secteur privé mondial construit ses positions face aux grandes négociations commerciales internationales. Être vice-présidente de l’ICC, c’est co-piloter cet agenda.

Une transition marquée par un tournant géographique

La nomination d’Enonchong s’inscrit dans une recomposition plus large du leadership de l’organisation. L’homme d’affaires indien Harsh Pati Singhania, Chairman de JK Paper Ltd et figure de premier plan du monde industriel indien, prend la présidence en succédant au Français Philippe Varin. Shinta Kamdani, dirigeante du groupe Sintesa en Indonésie, accède à la première vice-présidence. Rebecca Enonchong et Justin D’Agostino, directeur général mondial du cabinet Herbert Smith Freehills Kramer, complètent l’équipe de direction.

Inde, Indonésie, Cameroun. Ce n’est pas un hasard de géographie. C’est un signal délibéré de la part d’une organisation centenaire qui entend ancrer son leadership dans les zones de croissance du commerce mondial. Le Secrétaire Général de l’ICC, John W.H. Denton, l’a formulé sans ambiguïté en indiquant que ces nominations illustrent l’engagement de l’organisation en faveur d’un leadership d’excellence et de diversité régionale, réunissant des dirigeants d’Afrique, d’Asie et d’ailleurs.

Un profil bâti sur la durée

Enonchong n’est pas arrivée à ce poste par effraction. Elle siégeait déjà au conseil exécutif de l’ICC, où elle venait d’être réélue pour un second mandat en juin 2025. Ce passage par le board est la voie classique vers les fonctions de direction de l’institution.

Ce qui la distingue dans ce contexte, c’est la nature de son parcours. Elle a fondé AppsTech en 1999 à Bethesda, dans le Maryland, pour fournir des solutions de gestion d’entreprise à des gouvernements, des banques et de grandes corporations. Partenaire Platinum d’Oracle, l’entreprise opère aujourd’hui dans plus de 40 pays sur plusieurs continents. Un cas d’étude de la Columbia Business School a documenté sa stratégie, distinction rarissime pour une entreprise tech fondée depuis l’Afrique.

Son empreinte institutionnelle est tout aussi dense. Elle préside ActivSpaces, l’incubateur qu’elle a cofondé en 2010 à Douala, avec des antennes à Buea et Bangangté. Elle est Chair Emeritus d’AfriLabs, le réseau panafricain qui fédère aujourd’hui plus de 370 hubs d’innovation dans 52 pays et accompagne plus d’un million d’entrepreneurs. Elle a également cofondé le Cameroon Angels Network et l’African Business Angels Network, deux structures dédiées au financement des entreprises en phase de démarrage.

Ce n’est pas le profil d’une lobbyiste ou d’une représentante. C’est celui d’une bâtisseuse, avec trois décennies de résultats documentés à l’appui.

Ce que cette nomination signifie

Une vice-présidente camerounaise à l’ICC ne signifie pas que les intérêts du Cameroun seront portés mécaniquement dans chaque arbitrage ou chaque commission. Les dirigeants de l’institution représentent l’organisation, pas leur pays d’origine.

Mais ce que cette nomination modifie en profondeur, c’est la lisibilité du continent africain dans les espaces où les règles du commerce mondial se construisent. Pendant plus d’un siècle, ces espaces ont été dominés par des voix européennes et nord-américaines. L’arrivée d’Enonchong à ce niveau de gouvernance marque une rupture visible, portée non par un geste symbolique mais par une trajectoire professionnelle que l’institution a jugée à la hauteur de ses propres exigences.

Pour les dirigeants camerounais et africains qui cherchent à s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales, à comprendre les mécanismes d’arbitrage international ou à peser sur les politiques commerciales qui conditionnent leurs marchés, cette présence au sommet de l’ICC est une donnée nouvelle. Elle ne résout rien d’elle-même. Mais elle change la configuration.

Mérimé Wilson

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