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ÉCLORE by Bolanga : à Douala, une première édition qui investit dans le leadership avant l’âge adulte

On célèbre volontiers les femmes lorsqu’elles accèdent aux fonctions de direction. On les distingue lorsqu’elles prennent la tête d’une entreprise, entrent dans un conseil d’administration ou imposent leur voix dans l’espace public. Mais on investit encore trop peu dans cette période silencieuse où se construit l’essentiel : l’adolescence. C’est pourtant à cet âge que naissent la confiance, le rapport au corps, la capacité à dire non, l’ambition professionnelle et le sentiment, décisif, d’avoir le droit de prendre sa place.

Du 7 au 9 juillet 2026, à la Galerie MAM de Douala, ÉCLORE by Bolanga a choisi d’intervenir précisément à cet endroit. Pendant trois jours, 25 adolescentes de 15 à 18 ans ont été plongées dans un programme intensif de leadership, de développement personnel et de compétences de vie. Une première édition construite autour d’une conviction simple : préparer les femmes de demain suppose de commencer avant leur entrée à l’université, dans l’entreprise ou dans la vie publique.

Portée par Bolanga, hub culturel et éducatif dédié à la jeunesse africaine, l’initiative ne s’est pas contentée d’additionner des discours sur l’autonomisation féminine. Elle a cherché à donner un contenu concret à une notion devenue omniprésente, mais encore trop souvent abstraite. Confiance en soi, santé intime, nutrition, prise de parole, intelligence relationnelle, réseaux sociaux, orientation scolaire, éducation financière, organisation personnelle : ÉCLORE s’est attaqué aux dimensions quotidiennes qui déterminent silencieusement la trajectoire d’une jeune fille.

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Le pari est pertinent. À 15 ou 16 ans, une adolescente ne manque pas nécessairement d’intelligence ou de potentiel. Elle manque souvent d’informations, de repères, de modèles accessibles et d’espaces où elle peut poser ses questions sans craindre le jugement. L’école transmet des connaissances académiques. La famille protège, oriente et conseille. Mais entre ces deux institutions subsiste une zone encore insuffisamment couverte : celle des compétences nécessaires pour se comprendre, s’exprimer, gérer ses relations et transformer une ambition en projet.

ÉCLORE s’est installé dans cet espace.

Placée sous le parrainage du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, avec Hélène Dengoue Fansi, Directrice générale de Blessing Petroleum, comme marraine officielle, cette édition inaugurale a bénéficié d’un positionnement institutionnel qui dépasse le seul cadre d’un bootcamp de vacances. Elle inscrit la préparation des adolescentes parmi les sujets qui concernent à la fois les familles, les pouvoirs publics, les établissements scolaires et les entreprises.

Le programme a été bâti selon une progression en trois temps : « Je me connais », « Je vis avec les autres » et « Je construis ma vie ». Cette architecture révèle l’intelligence du dispositif. Avant de demander à une jeune fille de devenir une leader, il faut d’abord l’aider à comprendre qui elle est. Avant de lui parler de carrière, il faut lui apprendre à gérer son rapport aux autres. Et avant de l’inviter à rêver, il faut lui donner les outils pour organiser son temps, maîtriser ses ressources et structurer ses choix.

La première journée a ainsi ramené les participantes à elles-mêmes. Confiance, savoir-être, nutrition, sport, santé intime, bien-être féminin et mise en valeur personnelle ont constitué les premières portes d’entrée. Il ne s’agissait pas de sujets périphériques. Une adolescente qui comprend son corps, prend soin de sa santé et développe une relation plus apaisée avec son image construit déjà une partie de son autonomie.

Dans une société où l’apparence peut devenir une source de pression et où les réseaux sociaux imposent des modèles parfois irréalistes, apprendre à se mettre en valeur tout en restant soi-même constitue un véritable exercice de résistance. L’enjeu n’était donc pas d’enseigner la conformité, mais de réconcilier présentation de soi, authenticité et estime personnelle.

La deuxième journée a déplacé le travail vers la relation aux autres. Prendre la parole, organiser ses idées, regarder son auditoire, maîtriser sa voix, défendre une position et respecter le temps imparti : autant de compétences qui paraissent élémentaires, mais qui influencent profondément les trajectoires scolaires et professionnelles.

La prise de parole n’est jamais une simple affaire de technique. Elle traduit le sentiment d’être légitime. Une adolescente qui n’ose pas s’exprimer peut posséder les meilleures idées sans jamais parvenir à les faire entendre. En travaillant simultanément sur le fond, la posture, le regard et la voix, ÉCLORE a donc touché à l’un des ressorts les plus décisifs du leadership : la capacité à occuper l’espace sans s’excuser d’y être.

L’intervention d’Yvanna Besseke, connue sous le nom de La Périztocratie, a renforcé cette dimension. Son échange avec les participantes a abordé la confiance en soi, l’humilité, le choix d’une carrière et les divergences qui peuvent apparaître entre les aspirations d’une adolescente et les attentes de ses parents. Un sujet particulièrement sensible dans des environnements où l’orientation professionnelle reste souvent influencée par la recherche de sécurité, le poids de la famille ou la peur de l’échec.

ÉCLORE n’a pas opposé l’adolescente à ses parents. Le programme a plutôt cherché à construire un langage permettant de mieux expliquer ses choix, d’entendre les inquiétudes familiales et de transformer le désaccord en dialogue. Cette posture est importante. L’autonomisation ne consiste pas à rompre avec la transmission familiale, mais à permettre à la jeune fille d’y prendre progressivement sa place comme sujet capable de discernement.

Les relations sociales, les rapports avec les garçons et la présence sur les réseaux sociaux ont également été abordés. Là encore, le programme a visé juste. L’adolescence contemporaine se déroule en partie sous le regard permanent des autres. L’image circule, les jugements s’accélèrent et la recherche d’acceptation peut exposer les jeunes filles à la comparaison, au harcèlement, à la manipulation ou à la perte de leurs propres limites.

Former une adolescente au leadership sans lui apprendre à gérer son identité numérique serait aujourd’hui incomplet. ÉCLORE a intégré cette réalité, en replaçant les réseaux sociaux dans une réflexion plus large sur la réputation, les valeurs personnelles et la responsabilité.

Le troisième jour a ouvert le chantier de l’avenir. Orientation scolaire, cheveux naturels, organisation personnelle, éducation financière et tableaux de vision ont permis aux participantes de passer de l’introspection à la projection.

L’introduction de l’éducation financière mérite une attention particulière. Le rapport à l’argent reste rarement enseigné aux adolescentes, alors qu’il conditionnera une partie de leur liberté future. Comprendre la valeur d’une ressource, distinguer un besoin d’une envie, anticiper une dépense ou envisager l’épargne sont déjà des actes d’autonomie. Dans des économies où les femmes restent davantage exposées à la précarité et à la dépendance financière, transmettre ces principes dès l’adolescence relève moins du confort que de la préparation stratégique.

L’organisation personnelle et les vision boards ont ensuite permis de donner une traduction concrète aux ambitions. Rêver est nécessaire, mais insuffisant. Il faut apprendre à hiérarchiser, planifier et relier un objectif à des actions quotidiennes. En demandant aux participantes de représenter leur avenir, puis de présenter leurs tableaux de vision, ÉCLORE les a conduites à formuler ce qu’elles veulent devenir et à commencer à en assumer publiquement la possibilité.

La qualité de cette première édition tient aussi à la diversité des expertises mobilisées. Siliki Ngosso–Nsangue Akwa, Nathalie Metoukam Kamdem, le Dr Pechens Pokossy Doumbe, Mabelle Ndongo, Aline Essono, Gaëlle Stella Onana Oyono, Al-Nita Mouen, Sylvia Ongono, Rose Bonny Wonja et Caroline Ekeh ont constitué une chaîne de transmission couvrant aussi bien la santé que la communication, l’orientation, la finance et l’organisation personnelle.

Le formateur en leadership Roland Kwemain a prolongé ce travail lors de la clôture en transmettant aux adolescentes dix principes liés au travail, au caractère, au choix des fréquentations, au respect, au service, à l’apprentissage permanent, à la réputation et au courage de dire non. Des notions essentielles dans une époque où le leadership est parfois confondu avec la visibilité, alors qu’il repose d’abord sur la solidité intérieure et la cohérence des choix.

Le 9 juillet, les participantes ont restitué leurs apprentissages devant leurs parents, les intervenantes et les mentors. Réunies en binômes, elles ont pris la parole sur la nutrition, la santé intime, l’orientation, l’éducation financière et les autres modules suivis pendant l’immersion. La présentation de leurs vision boards, suivie de la remise des certificats, a marqué l’aboutissement du parcours.

Cette restitution représente sans doute l’un des indicateurs les plus intéressants de la première édition. Elle a replacé les adolescentes dans une position active. Elles n’étaient plus uniquement les bénéficiaires d’un programme conçu pour elles. Elles devenaient les porteuses d’un savoir qu’elles devaient reformuler, défendre et transmettre à leur tour.

L’impact d’ÉCLORE réside également dans le brassage social organisé au sein de la cohorte. Des élèves issues d’établissements publics et privés et de milieux différents ont partagé les mêmes ateliers. Des adolescentes en situation de vulnérabilité ont pu intégrer le programme grâce à des places financées par des partenaires.

Ce choix donne une profondeur supplémentaire à l’initiative. La confiance, l’accès aux modèles et les compétences de vie sont souvent distribués de manière inégale. Certaines jeunes filles grandissent dans des environnements qui multiplient les opportunités, tandis que d’autres doivent construire leurs ambitions avec beaucoup moins de ressources. Réunir ces profils dans un même programme revient à rappeler que le potentiel ne dépend pas du milieu d’origine, mais que son expression dépend fortement des outils auxquels on accède.

La première édition d’ÉCLORE n’a évidemment pas vocation à résoudre en trois jours tous les défis liés à l’adolescence. Sa puissance est ailleurs. Elle crée un point de départ. Elle ouvre un espace de parole. Elle installe des repères. Elle met les adolescentes en présence de femmes qui ont déjà traversé certaines étapes et qui acceptent de transmettre ce qu’elles savent, mais aussi ce qu’elles auraient aimé apprendre plus tôt.

L’annonce de prochaines éditions à Yaoundé et à Abidjan, ainsi que la mise en place envisagée de rencontres mensuelles, ouvre désormais une nouvelle phase. Le véritable enjeu sera de transformer la réussite de Douala en un modèle durable, accessible et mesurable. Le suivi des participantes, l’évaluation de leurs progrès, l’élargissement des partenariats et la mobilisation des entreprises seront déterminants pour changer d’échelle.

Pour les organisations engagées dans la responsabilité sociale, ÉCLORE offre un terrain d’investissement particulièrement structurant. Soutenir une cohorte ne consiste pas simplement à financer trois jours de formation. Il s’agit d’intervenir en amont des inégalités professionnelles, avant que le doute, l’autocensure ou le manque de repères ne réduisent le champ des possibles.

À Douala, Bolanga a posé une question que les institutions africaines ne pourront plus longtemps contourner : pourquoi attendre qu’une femme entre dans l’entreprise pour commencer à développer son leadership ?

Avec ÉCLORE, la réponse est désormais claire. Le leadership féminin ne commence pas au moment d’une nomination. Il commence lorsque, adolescente, une jeune fille apprend à connaître sa valeur, à protéger son intégrité, à maîtriser sa parole, à comprendre l’argent et à regarder son avenir sans réduire elle-même l’étendue de ses ambitions.

Mérimé Wilson

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