Madeleine Ndoh Nyaka Ngam : le choix du retour, la volonté de servir

Certaines trajectoires professionnelles se construisent dans l’accumulation des titres et des responsabilités. D’autres prennent leur véritable sens dans un choix décisif. Pour Madeleine Ndoh Nyaka Ngam, ce choix intervient en 2019. Après plusieurs années de formation et d’expérience professionnelle en France, elle décide de rentrer au Cameroun afin de mettre ses compétences au service de son pays.

Ce retour ne relève ni du symbole ni d’un simple attachement aux origines. Il répond à une conviction profonde : une expertise acquise à l’international prend une autre dimension lorsqu’elle contribue directement à la transformation des institutions, à l’amélioration des organisations et à la création de valeur au niveau national.

Sa trajectoire la conduit alors vers le Port Autonome de Kribi, l’une des infrastructures les plus stratégiques du Cameroun. Dans cet environnement où se croisent les enjeux de logistique, de commerce international, d’industrialisation et d’intégration régionale, Madeleine Ndoh Nyaka Ngam trouve un terrain à la mesure de son parcours. Elle y apporte une culture de la rigueur, une maîtrise des mécanismes de contrôle et une attention constante portée à la qualité des processus.

Avant ce retour, elle s’est construite une solide formation en France notamment À l’INSEEC Paris, où elle obtient un Master 2 en audit et contrôle de gestion avec mention. Ce cursus lui permet de développer une vision transversale de l’entreprise, à la croisée de la finance, de la gouvernance, de l’analyse des risques et du pilotage de la performance.

Elle effectue ses premières expériences professionnelles au sein de deux organisations de référence chez Manpower France, puis de BNP Paribas Arval France, où elle développe son expertise en audit, en contrôle permanent et en amélioration des processus.

C’est avec cette culture professionnelle qu’elle rejoint le Port Autonome de Kribi en 2019. Elle y exerce d’abord comme Chargée d’Etudes Assistante à la cellule de l’audit interne. Cette fonction la place au cœur des mécanismes de gouvernance d’une institution appelée à jouer un rôle majeur dans la transformation économique du Cameroun.

Dans une organisation portuaire en développement, l’audit interne ne se limite pas à contrôler la conformité des opérations. Il permet également d’anticiper les risques, de renforcer les dispositifs de gestion et d’accompagner la prise de décision. Il devient un outil de progrès, particulièrement précieux dans une structure confrontée à des enjeux de croissance, de compétitivité et de coordination entre de multiples acteurs.

Madeleine Ndoh Nyaka Ngam est ensuite nommée Chargée d’Etudes assistante No1 à la cellule des normes et de la qualité, fonction qu’elle exerce actuellement. Cette évolution s’inscrit dans la continuité de son parcours. Après avoir travaillé sur la maîtrise des risques et l’évaluation des procédures, elle contribue désormais à structurer les référentiels, à renforcer les méthodes de travail et à promouvoir une culture d’amélioration continue.

Dans le secteur portuaire, la qualité est loin d’être une notion abstraite. Elle influence la fluidité des opérations, la sécurité des procédures, la satisfaction des usagers et la capacité d’une plateforme à répondre aux exigences du commerce international. Pour un port comme celui de Kribi, appelé à soutenir les ambitions industrielles et logistiques du Cameroun, la performance organisationnelle est aussi importante que les infrastructures physiques.

Son travail participe ainsi à une transformation essentielle, mais souvent moins visible que les quais, les terminaux ou les équipements. Il s’agit de la transformation des pratiques, des processus et de la culture interne. Celle qui permet à une institution de gagner en fiabilité, en efficacité et en crédibilité.

La même année que son retour au Cameroun, elle prend part à une mission d’audit dans le secteur minier, conduite en collaboration avec le CREFIAF et le Contrôle supérieur de l’État du Cameroun. Cette expérience élargit sa compréhension des enjeux de gouvernance dans les secteurs stratégiques, notamment lorsque la gestion des ressources naturelles engage à la fois l’État, les entreprises et les intérêts des populations.

Soucieuse de ne jamais considérer son expertise comme définitivement acquise, Madeleine Ndoh Nyaka Ngam poursuit parallèlement sa formation. Elle intègre le programme international TrainForTrade de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, spécialisé dans la gestion moderne des ports. Elle y obtient la mention Très Bien.

Cette formation lui permet de mieux appréhender les grandes mutations du secteur portuaire : digitalisation des opérations, transformation des chaînes logistiques, exigences environnementales, compétitivité des plateformes et intégration aux échanges mondiaux. Dans un univers où les ports deviennent des leviers de développement industriel, leur efficacité dépend autant de la technologie et des investissements que de la compétence des femmes et des hommes qui les administrent.

Son parcours prend une nouvelle dimension lorsqu’elle obtient une bourse d’études de l’Agence française de développement, en partenariat avec la FERDI et l’Université Clermont Auvergne. Cette sélection intervient au terme d’un processus exigeant, organisé à l’échelle nationale puis internationale.

Elle intègre une promotion d’une trentaine de professionnels issus de treize nationalités. Au contact de cadres venus de plusieurs continents, elle enrichit sa lecture des politiques publiques, des trajectoires de développement et des défis auxquels sont confrontés les pays émergents.

À l’Université Clermont Auvergne, elle obtient un Master 2 en économie du développement avec la mention Bien. Cette formation complète son profil initial en lui apportant une compréhension plus large de la gestion des projets durables, de la maîtrise d’ouvrage du développement et des interactions entre croissance économique, politiques publiques, inclusion sociale et protection de l’environnement.

Elle ne pense plus seulement la performance à l’échelle d’une organisation. Elle l’inscrit désormais dans une réflexion plus vaste sur l’impact des institutions, la qualité de l’action publique et la capacité des projets structurants à améliorer durablement les conditions de vie.

Cette volonté d’agir se prolonge au-delà du cadre professionnel. Depuis 2021, Madeleine Ndoh Nyaka Ngam est trésorière de la section OFRDPC du département du Moungo, à Baré-Bakem. Elle y contribue à des actions en faveur du leadership féminin, de la solidarité et du développement communautaire.

Son engagement repose sur l’idée que les compétences acquises dans les grandes institutions doivent aussi pouvoir servir les territoires et les communautés. Pour elle, le leadership ne se mesure pas uniquement à la position occupée. Il se révèle également dans la capacité à se rendre utile, à transmettre et à créer des opportunités pour les autres.

Cette approche se retrouve dans son parcours entrepreneurial. À son arrivée à Kribi, elle se lance dans la culture de l’ananas sans engrais, avant de cofonder à Bonapriso NDAH MIM Millésime Cave à Vin. À travers ces initiatives, elle expérimente directement les réalités de l’entrepreneuriat : la prise de risque, la gestion quotidienne, la recherche de débouchés et la nécessité de bâtir une relation durable avec la clientèle.

Loin d’opposer service public et initiative privée, Madeleine Ndoh Nyaka Ngam considère ces deux univers comme complémentaires. Le premier permet de structurer l’environnement économique. Le second crée de l’activité, de l’emploi et de nouvelles formes de valeur.

Son parcours se situe précisément à cette intersection. Il relie l’expertise technique, l’action institutionnelle, l’engagement communautaire et l’entrepreneuriat. Sa cohérence tient à une ambition simple : contribuer à des projets capables de rapprocher le secteur public, le secteur privé et le monde associatif autour de solutions concrètes.

À travers son retour au Cameroun, Madeleine Ndoh Nyaka Ngam défend une conception exigeante de la réussite. Une réussite qui ne se limite pas à avancer dans sa propre carrière, mais qui consiste à transformer chaque expérience en ressource utile pour son organisation, sa communauté et son pays.

« Je suis convaincue que chaque expérience, chaque formation et chaque responsabilité prennent tout leur sens lorsqu’elles contribuent à créer de la valeur pour son pays et pour les générations futures. »

Oswald F

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