Dr Armand Ngansop, l’ingénieur qui veut faire entrer la mine africaine dans l’âge de la transformation

À la tête de Geolane – Mining en Côte d’Ivoire depuis février 2026, Dr Armand Ngansop arrive dans l’industrie minière africaine avec un profil rare : celui d’un ingénieur de procédés, docteur en science des matériaux, formé à l’école de la métallurgie européenne, passé par des groupes industriels de rang mondial, et désormais engagé sur le terrain stratégique de la transformation des ressources en Afrique subsaharienne. Son parcours raconte une conviction simple, mais décisive : l’avenir minier du continent ne se jouera pas seulement dans l’extraction, mais dans la capacité à transformer, optimiser, recycler et industrialiser.

Un profil de bâtisseur industriel

Dans une Afrique où les ressources naturelles restent souvent exportées sous forme brute, Dr Armand Ngansop appartient à cette génération de dirigeants techniques pour qui la mine ne doit plus être pensée comme une activité isolée, mais comme le point de départ d’une chaîne de valeur complète. Sa trajectoire professionnelle dessine un fil rouge cohérent : comprendre la matière, maîtriser le procédé, améliorer la performance industrielle, réduire les pertes, créer de la valeur localement et structurer des stratégies de long terme.

Son arrivée à la direction générale de Geolane – Mining, en Côte d’Ivoire, intervient dans un moment particulier. Le pays se positionne de plus en plus comme l’un des nouveaux pôles miniers les plus suivis d’Afrique de l’Ouest. L’or, longtemps éclipsé par le cacao, gagne en poids stratégique. Les investissements se multiplient, les grands groupes internationaux observent le marché ivoirien avec attention, et les États africains cherchent à mieux capter la valeur issue de leurs sous-sols. Dans ce contexte, un profil comme celui de Dr Ngansop prend une signification particulière : il incarne le passage d’une logique d’exploitation à une logique d’industrialisation.

De la science des matériaux à la stratégie minière

Avant de devenir dirigeant, Armand Ngansop s’est construit dans la profondeur technique. Ingénieur en technologie des procédés formé à Grenoble INP, il poursuit ensuite un doctorat en science des matériaux à l’INSA Lyon. Ce choix académique n’est pas anodin. La science des matériaux est l’une des disciplines centrales de l’industrie moderne : elle relie la recherche, la métallurgie, l’énergie, l’automobile, la construction, les procédés thermiques et les enjeux de productivité. Elle impose une rigueur particulière, faite d’expérimentation, de mesure, de méthode et d’obsession pour la performance.

Sa thèse, conduite dans un environnement associant recherche appliquée et industrie, porte sur l’optimisation des propriétés des matériaux métalliques à travers de nouveaux procédés de traitement. Derrière la technicité du sujet, on retrouve déjà une question qui traversera toute sa carrière : comment améliorer la qualité de la matière tout en rendant les procédés plus efficaces, plus économiques et plus industrialisables ?

Cette culture d’ingénieur va structurer son rapport au management. Chez lui, la stratégie ne semble jamais séparée de la technique. Elle part du terrain, des procédés, des contraintes de production, des coûts, des défauts de qualité, des rendements et de la capacité d’une organisation à transformer la connaissance en performance mesurable.

L’école des grands groupes industriels

La première grande séquence de son parcours professionnel s’ouvre chez Fives Stein Limited, où il travaille comme Research Engineer entre 2006 et 2010. Il y développe et optimise de nouveaux procédés de chauffage pour des entreprises métallurgiques. Ce passage l’installe dans un univers exigeant, où l’innovation industrielle ne vaut que si elle peut être testée, stabilisée puis déployée à grande échelle.

Il rejoint ensuite ArcelorMittal, où il passe plus de sept ans. Cette étape constitue un moment structurant de sa carrière. Comme Project Leader Engineer et Internal Business Developer, il coordonne un projet d’amélioration de la qualité de l’acier à travers la chaîne de production, avec un déploiement impliquant plusieurs sites du groupe dans le monde. L’initiative débouche sur la création d’un réseau d’experts consacré à la qualité du traitement de l’acier, ainsi que sur une base de connaissances destinée à capitaliser les savoirs de production. Le résultat annoncé est significatif : un gain annuel de 3,2 millions d’euros grâce à la détection et à l’éradication de défauts industriels.

Ce type de réalisation dit beaucoup du style Ngansop. Il ne s’agit pas seulement d’améliorer une ligne de production, mais de transformer un problème technique en système collectif d’expertise. Autrement dit, produire de la performance en organisant mieux la connaissance. Cette capacité à relier ingénierie, coordination humaine et impact économique deviendra l’une des marques de son parcours.

Chez ArcelorMittal, il évolue ensuite vers la gestion de comptes stratégiques dans l’automobile et les équipementiers au Royaume-Uni, avec des clients comme Nissan, Honda, Toyota ou Unipres. Cette transition est importante. Elle l’expose directement aux attentes des marchés finaux, aux exigences de qualité des constructeurs, aux négociations techniques et commerciales, ainsi qu’aux impératifs de fiabilité propres à l’industrie automobile. Il ne regarde plus seulement l’usine depuis le procédé ; il apprend à la regarder depuis le client.

Le virage commercial et l’économie circulaire

En 2018, Dr Ngansop rejoint Constellium comme Key Account Manager pour les marchés européens de l’automobile et de l’emballage. Là encore, le secteur est exigeant. L’aluminium, les emballages, les constructeurs automobiles et les grands clients industriels imposent un haut niveau de coordination entre qualité produit, innovation, gestion commerciale et adaptation aux besoins du marché.

Quelques mois plus tard, il intègre Imerys, où il prend la direction du développement business d’Agglomerys dans les secteurs mines, minéraux et métaux. C’est probablement l’une des phases les plus révélatrices de son positionnement actuel. Il est chargé de créer et développer une activité disruptive autour de l’optimisation des matières premières, de la valorisation des coproduits et du recyclage des déchets issus des industries de transformation.

Le sujet est stratégique. Il touche à la fois à la compétitivité, à la réduction des coûts, à la sécurisation des approvisionnements, à la baisse de la consommation énergétique et à l’économie circulaire. Dans son approche, les résidus industriels ne sont pas seulement des déchets à gérer ; ils peuvent devenir des ressources alternatives, des intrants revalorisés, des leviers de productivité et des outils de réduction de l’empreinte carbone. Il défend alors des solutions capables de réduire la consommation énergétique des procédés chauds, d’améliorer la productivité, de diversifier les sources de matières premières et d’ouvrir de nouvelles chaînes de valeur.

Cette expérience chez Imerys inscrit Dr Ngansop dans l’un des débats les plus structurants de l’industrie contemporaine : comment produire davantage de valeur avec moins de gaspillage, moins d’énergie, moins de dépendance aux matières premières critiques et davantage d’intelligence industrielle ?

CTID Consulting, laboratoire d’une vision africaine

En 2023, Dr Armand Ngansop fonde et dirige CTID Consulting, cabinet de conseil technique et stratégique basé à Paris. CTID, pour Consulting Transformation Industrialization Development, porte explicitement une ambition africaine : contribuer à la transformation, à l’industrialisation et au développement des industries extractives et de transformation en Afrique subsaharienne.

À travers CTID, il déplace son expertise du cadre des grands groupes vers celui des économies africaines en transformation. Le cabinet intervient sur des problématiques de stratégie industrielle, d’économie circulaire, de compétitivité, de développement minier, de soutien aux institutions financières et d’accompagnement des États africains dans la structuration de leurs politiques extractives.

Parmi les réalisations mentionnées figurent la définition d’une vision de développement de l’industrie minière en Afrique, de l’exploration à la transformation des matières premières, un business case pour Epiroc West Africa, la création d’une activité consacrée à l’économie circulaire dans les mines et les industries de transformation, ainsi que des formations techniques sur les activités minières pour TMF Group Luxembourg. Ce portefeuille montre une orientation claire : faire dialoguer le monde de la technique, celui de la stratégie, celui du financement et celui des politiques publiques.

Une ambition : transformer la rente en industrie

Ce qui distingue Dr Armand Ngansop n’est pas seulement la somme de ses expériences. C’est la cohérence intellectuelle qui les relie. Dans son parcours, la mine africaine n’est jamais réduite à une opportunité de court terme. Elle est envisagée comme un système productif à construire, une base d’industrialisation, un levier de souveraineté économique et un terrain de modernisation des compétences.

Son Executive MBA à emlyon business school, centré sur la stratégie et le management des PME, complète cette architecture. Son projet individuel portait sur la mise en œuvre d’une vision et d’une stratégie de développement du secteur minier en Afrique subsaharienne, appliquée au cas du Cameroun. Là encore, le sujet confirme une préoccupation constante : comment passer d’un potentiel géologique à une stratégie industrielle ? Comment faire en sorte que l’Afrique ne reste pas seulement un continent d’extraction, mais devienne aussi un continent de transformation, de services industriels, de compétences techniques et de valeur ajoutée ?

Un dirigeant technique dans une Afrique minière en mutation

À Geolane – Mining, en Côte d’Ivoire, Dr Armand Ngansop entre désormais dans une nouvelle phase. Il ne s’agit plus seulement de conseiller, développer une activité ou optimiser un procédé. Il s’agit de diriger. La fonction de Managing Director l’expose à des responsabilités plus larges : structuration opérationnelle, développement stratégique, création de valeur, relations avec les parties prenantes, pilotage d’équipes et lecture fine d’un secteur en forte évolution.

Son profil arrive au bon moment. L’industrie minière africaine est confrontée à une double exigence. D’un côté, elle doit attirer des investissements, produire efficacement, respecter les standards internationaux et répondre à la demande mondiale en minerais. De l’autre, elle doit créer davantage de valeur locale, réduire les impacts environnementaux, intégrer les communautés, développer les compétences nationales et soutenir la diversification économique des pays hôtes.

Dans cette équation complexe, les dirigeants purement financiers ne suffisent pas. Les profils purement techniques non plus. Il faut des passerelles. Dr Armand Ngansop appartient à cette catégorie de dirigeants hybrides capables de comprendre la matière, le procédé, le marché, le client, l’État, l’investisseur et l’enjeu stratégique de long terme.

Son parcours ne raconte pas une ascension classique. Il raconte la construction patiente d’une compétence rare : transformer la connaissance industrielle en vision de développement. À l’heure où l’Afrique cherche à mieux maîtriser ses ressources, cette compétence pourrait devenir l’une des plus précieuses.

Mérimé Wilson

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