Le 11 février 2026 à Abidjan, la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF) a renouvelé son instance dirigeante. Dans cette nouvelle équipe, un Camerounais s’installe à un poste clé : Aymric Kamega a été porté à la vice-présidence de l’organisation, aux côtés de Mamadou G. K. Koné, élu président pour un mandat de trois ans.
Au-delà de l’annonce, cette nomination raconte une trajectoire : celle d’un profil d’actuariat et de leadership qui incarne une génération de dirigeants africains, à l’aise avec la technique, la gouvernance et les enjeux de transformation du secteur. À la FANAF, Aymric Kamega n’arrive pas en découverte. Il y était déjà entré par la porte du bureau exécutif ces dernières années. Son accession à la vice-présidence marque un changement d’échelle et place le Cameroun au cœur d’un nouveau cycle de gouvernance de l’assurance continentale.
Une vice-présidence à forte portée stratégique
La FANAF n’est pas un simple cadre protocolaire. Elle représente un espace d’alignement et d’influence pour des marchés africains de l’assurance qui cherchent à accélérer sur trois fronts : la crédibilité, la pénétration et la solidité financière.
Dans ce contexte, le vice-président n’est pas seulement un « numéro deux ». Il devient souvent l’un des moteurs politiques et techniques de l’agenda : relations entre fédérations nationales, mobilisation des acteurs, production d’idées, et continuité des réformes.
En s’appuyant sur un duo Koné – Kamega, la nouvelle gouvernance envoie un signal : celui d’une FANAF qui veut articuler pilotage institutionnel et culture du risque, à l’heure où l’assurance africaine doit répondre à des défis plus complexes (sinistralité, vulnérabilités climatiques, exigences prudentielles, digitalisation, montée de la data).
Le patron d’ACAM Vie, figure d’une assurance camerounaise qui s’affirme
Au Cameroun, Aymric Kamega est le Président-directeur général d’Assurance du Cameroun Vie (ACAM Vie). Il dirige l’entreprise depuis 2016, une période qui correspond, sur le marché local, à une montée des attentes : professionnalisation de la distribution, besoin de confiance, approfondissement des pratiques de gestion des risques, et recherche d’une inclusion assurantielle plus large.
Son profil est celui d’un dirigeant « école actuariat » : rigueur, culture des modèles, sens des équilibres techniques et financiers. Des publications spécialisées et généralistes le présentent comme docteur avec une orientation actuariat/gestion, et soulignent son expertise dans ces domaines, y compris via des travaux académiques et des prises de parole dans des cercles professionnels.
De membre du bureau exécutif à vice-président : une progression logique
Avant la vice-présidence, le nom d’Aymric Kamega circulait déjà à la FANAF au titre de membre du bureau exécutif, issu des instances et dynamiques des marchés CIMA et au-delà.
Cette progression est loin d’être automatique : elle suppose une reconnaissance de ses pairs, mais aussi une capacité à porter des sujets transversaux parce que l’assurance, aujourd’hui, se juge sur des indicateurs qui dépassent les frontières : solvabilité, qualité des provisions, gouvernance des investissements, protection des assurés, lutte contre la fraude, et modernisation des canaux.
Son élection, selon des articles camerounais, s’inscrit également dans un jeu d’équilibre : la représentation des pays et des associations nationales, dont le soutien est décisif dans ces scrutins.
Les chantiers qui l’attendent : crédibilité, pénétration, innovation… et financement des économies
Si la FANAF ouvre « un nouveau cycle », c’est parce que le secteur est à un moment charnière. Plusieurs analyses liées à cette assemblée générale mettent en avant les priorités : intégration des marchés, résilience du secteur, et contribution accrue de l’assurance au financement des économies africaines.
Concrètement, la vice-présidence d’Aymric Kamega pourrait être attendue sur des axes très opérationnels :
- Réconcilier croissance et solidité : augmenter la couverture assurantielle sans fragiliser les bilans : un enjeu majeur dans des marchés où la confiance se construit lentement et où la sinistralité peut être volatile.
- Accélérer l’innovation utile : digitalisation, distribution hybride, micro-assurance, produits plus adaptés à la réalité des revenus, et exploitation intelligente de la donnée pour tarifer plus justement.
- Renforcer la crédibilité et la pédagogie : le secteur doit mieux expliquer sa valeur économique et sociale (protection du patrimoine, sécurisation des projets, stabilité des ménages, bancarisation indirecte), surtout dans des environnements où l’assurance est encore perçue comme lointaine.
- Faire de l’assurance un investisseur stratégique : l’assurance ne se limite pas à indemniser ; elle collecte de l’épargne longue. L’enjeu est de mieux structurer sa contribution au financement de l’économie réelle, tout en respectant les contraintes prudentielles.
Ce que cette nomination dit du Cameroun
Pour le Cameroun, la vice-présidence d’Aymric Kamega agit comme un marqueur : celui d’une expertise locale capable de peser dans les arènes continentales, et d’un secteur qui peut exporter des profils de gouvernance. Dans un espace francophone où la compétition se joue autant sur la qualité des dirigeants que sur les chiffres, ce type de nomination renforce l’image d’un Cameroun qui ne veut pas seulement être un marché, mais aussi une source de leadership.
L’actualité rappelle enfin un fait simple : dans les industries financières, la crédibilité se gagne autant par la performance que par la participation aux lieux où se décident les standards. En entrant à la vice-présidence de la FANAF, Aymric Kamega se place précisément à cet endroit : là où l’assurance africaine se réinvente.
Mérimé Wilson
