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Cameroon Business Forum : dix-sept ans après, le temps de rendre des comptes

La douzième session du Cameroon Business Forum, annoncée à Douala en octobre 2026, remet le dialogue entre l’État et les entreprises au premier plan. Mais cette reprise appelle un examen exigeant. Quel changement le CBF a-t-il réellement produit dans la vie des entreprises ? Ses acquis justifient-ils son fonctionnement ? Et quelles garanties permettent de croire que les engagements pris déboucheront sur des résultats durables ?

Un délai administratif mobilise de la trésorerie. Une coupure d’électricité désorganise une production. Un contrat difficile à faire respecter fragilise un investissement. Pour une entreprise, le climat des affaires se traduit en coûts, en risques et en occasions perdues. C’est à cette réalité que devrait être confronté chaque bilan du Cameroon Business Forum.

Mis en place en 2009 pour améliorer la concertation, l’environnement des affaires et le développement du secteur privé, le CBF porte une ambition nécessaire. Dix-sept ans plus tard, cette nécessité ne constitue toutefois plus une justification suffisante de son efficacité. Une institution consacrée à la réforme doit accepter d’être évaluée avec la rigueur qu’exige la transformation économique.

Le CBF doit désormais démontrer ce que sa présence change, ce que ses arbitrages débloquent et ce que son fonctionnement permet d’obtenir.

Six ans entre deux plénières, une continuité à interroger

La onzième session s’est tenue le 22 octobre 2020 à Yaoundé. Près de six années la séparent de la douzième annoncée à Douala. Pour un dispositif conçu autour d’un rendez-vous annuel d’arbitrage entre les pouvoirs publics et les milieux économiques, cet intervalle constitue une fragilité institutionnelle majeure. La régularité participe de la crédibilité d’un engagement.

Des travaux ont néanmoins continué dans cet intervalle. Le FMI constatait en 2022 la mise en place d’un nouveau format de concertation, intégrant des groupes thématiques, avec une première réunion effectivement tenue. En février 2025, la UK Cameroon Chamber of Commerce faisait également état d’une revue du CBF soutenue par le gouvernement britannique pour améliorer son efficacité.

Ces éléments imposent de distinguer l’interruption des plénières de l’activité technique. Ils renforcent aussi l’exigence de bilan. Qu’ont produit les nouveaux groupes ? Quels blocages ont été levés ? Quelles conclusions de la revue ont été retenues ? Avec quels effets sur les entreprises ?

La reprise du rendez-vous doit apporter des réponses à ces questions. Sans cela, le risque est de recommencer une discussion dont les participants connaissent déjà les diagnostics, tout en laissant dans l’ombre le devenir des engagements précédents.

Un apport documenté, mais aucun blanc-seing

L’évaluation de l’Institut national de la statistique porte sur 83 réformes adoptées entre 2009 et 2018. Environ huit sur dix avaient été entièrement mises en œuvre, mais seulement quatre sur dix étaient jugées satisfaisantes. Ces proportions concernent les réformes examinées, et non un pourcentage d’entreprises satisfaites.

Sur 47 de ces réformes, l’INS estimait à plus de 356 milliards de FCFA les gains financiers bruts pour les entreprises entre 2010 et 2018. Cette estimation repose sur des hypothèses et une comparaison avec la situation antérieure aux réformes. Elle ne constitue ni un bénéfice net du CBF ni une mesure de richesse créée par le seul Forum.

Le bilan reconnaît donc un apport économique, tout en révélant un écart important entre réalisation des réformes et satisfaction des bénéficiaires. L’INS recommandait d’ailleurs des indicateurs vérifiables par des acteurs extérieurs au dispositif et une révision de son format.

La question devient celle de la pertinence. Une administration peut exécuter une mesure sans résoudre le problème qui pénalise le plus l’entreprise. Une procédure peut être simplifiée sur une étape, tandis qu’un autre service maintient le blocage. Une plateforme peut exister sans être suffisamment utilisée.

Le compteur des réformes renseigne sur l’activité institutionnelle. L’entreprise, elle, attend une amélioration de ses conditions de fonctionnement.

Le terrain reste un juge sévère

Les données récentes donnent la mesure du travail à accomplir. L’Enterprise Survey 2024 de la Banque mondiale, réalisée auprès de 615 établissements du secteur formel non agricole comptant au moins cinq salariés, fait ressortir deux contraintes particulièrement lourdes : 93,3 % des entreprises du champ étudié déclarent subir des coupures d’électricité, et 40,6 % désignent l’accès au financement comme leur principal obstacle. Ces résultats décrivent le périmètre de l’enquête et ne doivent pas être étendus indistinctement à toute l’économie.

Le diagnostic B-READY 2025 attribue au Cameroun 59 points sur 100 pour le cadre réglementaire, 36 pour les services publics et 57 pour l’efficacité opérationnelle. Le règlement des différends obtient 35 points. Le même diagnostic reconnaît des avancées dans la fiscalité, notamment des services numériques développés pour la déclaration et le paiement des impôts. Ce progrès mérite d’être retenu, sans être confondu avec une appréciation du niveau de la charge fiscale.

Ces indicateurs évaluent l’environnement des affaires, pas la responsabilité causale du CBF. Les difficultés électriques, financières ou judiciaires dépendent de politiques, d’investissements et d’institutions qui dépassent son périmètre. Sa responsabilité propre consiste cependant à démontrer comment il contribue à leur résolution.

L’actualité confirme la persistance de certains enjeux. Dans son communiqué du 1er octobre 2026, le FMI relève notamment les retards dans l’accroissement des capacités de transport d’électricité et cite la lenteur des réformes parmi les risques pesant sur les perspectives économiques.

Pour les entreprises, ces contraintes peuvent se cumuler. Le financement d’un équipement devient moins intéressant si son alimentation électrique reste incertaine. Un débouché commercial perd de sa valeur lorsque les délais de livraison sont difficiles à garantir. La réforme doit donc traiter des chaînes de difficultés, avec une coordination qui dépasse chaque administration prise isolément.

C’est précisément sur cette capacité de coordination que le CBF devrait être jugé.

Le défaut d’exécution est un problème ancien

Les faiblesses du mécanisme sont documentées depuis longtemps. Une étude publiée par la coopération japonaise JICA en janvier 2017 soulignait déjà des engagements ministériels insuffisamment contraints, une implication variable des administrations et un suivi de l’exécution qui ne fonctionnait pas suffisamment. Elle insistait sur la différence entre une action comptabilisée comme réalisée et son application effective sur le terrain.

Ce diagnostic ancien ne permet pas de présumer que chaque défaut subsiste à l’identique. Il fixe en revanche une obligation de démonstration : quelles dispositions ont été prises pour corriger ces faiblesses, et comment leur efficacité a-t-elle été vérifiée ?

La feuille de route de 2020 illustre l’enjeu. Elle prévoyait notamment des demandes de permis de construire en ligne, la suppression de versions papier lorsque les documents commerciaux étaient déjà disponibles électroniquement, ainsi que des améliorations dans les procédures de branchement électrique. Des administrations responsables et des échéances, souvent fixées à décembre 2020 ou mars 2021, étaient déjà mentionnées.

Demander aujourd’hui un responsable et un calendrier reste utile, mais reprend des éléments qui figuraient déjà dans les engagements antérieurs. L’exigence doit aller jusqu’à la preuve d’application, au traitement des retards et à l’arbitrage des désaccords.

Le CBF disposait aussi d’un comité de suivi et d’évaluation. La question porte donc sur l’autorité, les moyens et la publicité de ce suivi. Une nouvelle structure ne produirait guère de valeur si elle conservait les mêmes difficultés à obtenir l’exécution des décisions.

Lorsqu’une échéance n’est pas tenue, le retard devrait donner lieu à une explication accessible, à une décision corrective et à une nouvelle date engageant l’administration concernée. Une recommandation reconduite sans examen de son échec entretient l’attente et affaiblit la confiance.

Le patronat doit aussi accepter l’examen critique

La responsabilité de l’État est centrale. Celle des représentants du secteur privé mérite également d’être interrogée.

Dans une présentation de 2017, le secrétaire permanent du CBF relevait des faiblesses de gouvernance et de représentation, allant jusqu’à évoquer une captation du dialogue. Ce constat daté ne permet d’accuser aucun acteur actuel. Il rappelle cependant que la représentativité du dispositif constitue un sujet de fond, identifié de l’intérieur.

Les entreprises n’affrontent pas les mêmes obstacles avec la même intensité. Dans l’Enterprise Survey 2024, l’accès au financement est cité comme obstacle principal par 46,1 % des petites entreprises de 5 à 19 salariés, contre 11,3 % des grandes entreprises de 100 salariés ou plus.

Cet écart donne une conséquence pratique à la question de la représentation. La satisfaction des acteurs les mieux organisés ne suffit pas à établir l’utilité du Forum pour l’ensemble du tissu productif.

Un CBF crédible doit rendre lisibles les critères de sélection de ses priorités et les consultations qui les précèdent. Il doit pouvoir montrer comment les difficultés des PME, des entreprises régionales, des jeunes structures et des producteurs trouvent leur place dans les arbitrages.

Le patronat devrait lui-même rendre compte à ses membres des demandes défendues, des compromis acceptés et des résultats obtenus. Sa contribution se mesure à la qualité du travail préparatoire, à la constance du suivi et à sa capacité à documenter les obstacles. La participation à une rencontre de haut niveau ne saurait constituer l’aboutissement du plaidoyer.

La ZLECAf exige une compétitivité qui se construit

La perspective de la Zone de libre-échange continentale africaine donne une portée supplémentaire à ces questions. L’accord continental vise à développer les échanges entre les économies africaines. Pour une entreprise camerounaise, la possibilité d’accéder à davantage de marchés ne garantit toutefois pas la capacité de les conquérir.

La compétitivité dépend du prix auquel elle peut produire, de la qualité qu’elle peut maintenir, des normes qu’elle peut respecter et des délais qu’elle peut tenir. Elle dépend également de sa capacité à financer une commande avant d’en encaisser le produit.

Un accès commercial facilité peut accroître les possibilités de vente. Il peut aussi renforcer la concurrence. Si les coûts internes demeurent élevés, les entreprises les mieux préparées d’autres pays peuvent tirer davantage parti de cette ouverture.

Le CBF devrait donc transformer l’ambition continentale en dossiers précis. Pour chaque filière retenue, quels obstacles empêchent une entreprise de produire, de certifier, d’expédier et d’être payée ? Quelles décisions relèvent du Cameroun ? Quels investissements demandent plusieurs années ? Quels services pourraient être améliorés rapidement ?

Cette discipline permettrait de relier les ambitions industrielles aux conditions concrètes de leur réalisation. Elle éviterait surtout de confondre la taille d’un marché potentiel avec la solidité de l’offre nationale.

La viabilité du CBF se joue entre les sessions

La viabilité du Forum dépend de sa capacité à fonctionner dans la durée : conserver une équipe compétente, financer le travail technique, obtenir les arbitrages nécessaires et suivre les décisions jusqu’à leur application.

Les questions de personnel, de financement pérenne et d’appropriation nationale figuraient déjà dans les difficultés recensées par ses responsables dans leur documentation de 2017. Elles doivent aujourd’hui recevoir des réponses précises sur les moyens effectivement disponibles et leur utilisation.

Les documents consultés ne permettent pas de calculer un coût complet actualisé du dispositif, ni son rendement net. Son évaluation économique doit donc intégrer ses dépenses de fonctionnement et de suivi, puis les rapprocher des améliorations auxquelles il a réellement contribué.

Cette contribution mérite d’être isolée. Une réforme nationale peut bénéficier de plusieurs impulsions : initiative ministérielle, engagement international, financement extérieur ou demande professionnelle. Le CBF devrait préciser ce qu’il a accéléré, débloqué ou rendu possible. Cette méthode donnerait davantage de crédibilité à ses succès.

Une refondation sérieuse commencerait par un bilan consolidé des engagements antérieurs, examinés avec les entreprises concernées. Elle poursuivrait avec un nombre limité de priorités, chacune associée à une situation de départ, des moyens identifiés, des étapes vérifiables et un résultat attendu.

Le suivi trimestriel porterait sur les décisions, les financements, les échéances et les services effectivement disponibles. Les effets sur l’investissement, l’emploi ou les infrastructures seraient évalués sur des horizons adaptés. Exiger des résultats suppose aussi de respecter les délais réels de leur production.

Enfin, l’évaluation devrait mesurer l’expérience de l’usager. Un permis est-il réellement obtenu plus rapidement ? Un dossier électronique évite-t-il effectivement un déplacement ? Une entreprise peut-elle comprendre une décision administrative et exercer un recours ? Ces réponses donnent un contenu économique à la réforme.

Une utilité à renouveler, une indulgence à abandonner

Le CBF possède des acquis documentés et une raison d’être qui demeure forte. Son apport historique mérite d’être reconnu. Il ne lui donne aucun droit à l’indulgence sur son fonctionnement présent.

La relance doit démontrer que les difficultés identifiées depuis des années ont reçu des réponses institutionnelles durables. Elle doit aussi permettre aux entreprises de vérifier ce qui a été accompli, de contester les bilans lorsqu’ils ne correspondent pas à leur expérience et d’obtenir une explication sur les engagements non tenus.

La critique la plus exigeante porte ainsi sur la capacité du dispositif à transformer une concertation en décisions appliquées. C’est là que se joue sa valeur ajoutée. C’est là que se mesure sa viabilité.

La crédibilité de cette douzième session se construira après le retour des participants dans leurs administrations et leurs entreprises. Elle se verra dans les procédures, les délais, les coûts et la qualité des services.

Dix-sept ans après sa création, le Cameroon Business Forum doit accepter une règle simple : rendre compte avec autant de précision qu’il formule ses ambitions. Les entreprises supportent déjà le coût des obstacles. Elles sont en droit d’exiger la preuve de leur réduction.

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