Serge Ngoube, de BlackRock aux marchés financiers de la CEMAC : l’ambition d’un expert devenu entrepreneur
Après avoir construit sa carrière au sein d’institutions financières internationales de premier plan, notamment BlackRock, Euronext, HSBC et Société Générale, Serge Ngoube Edjenguele engage une nouvelle étape de son parcours au Cameroun.
Après avoir construit sa carrière au sein d’institutions financières internationales de premier plan, notamment BlackRock, Euronext, HSBC et Société Générale, Serge Ngoube Edjenguele engage une nouvelle étape de son parcours au Cameroun. À travers Investally et Investudy Africa, cet ingénieur de formation, devenu spécialiste des marchés de capitaux, entend rapprocher l’expertise financière, les technologies d’investissement et les besoins de l’économie africaine. Une trajectoire qui prend une dimension particulière avec la constitution, à Douala, d’une nouvelle société destinée à intervenir sur le marché financier régional.
Le 13 août 2026, à Douala, une formalité notariale donne une nouvelle dimension aux ambitions entrepreneuriales de Serge Ngoube. Selon une annonce légale publiée dans Cameroon Tribune et révélée le 14 octobre, le financier camerounais a été désigné président du conseil d’administration et directeur général d’Investally, une société constituée pour exercer des activités d’intermédiation sur le marché financier de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), sous réserve des autorisations réglementaires nécessaires.
L’événement marque un changement de statut dans une carrière construite au contact des grandes institutions financières mondiales. Après avoir participé au fonctionnement de marchés matures, développé des compétences dans les instruments d’investissement et dirigé des activités de services aux investisseurs en Afrique centrale, Serge Ngoube entend désormais porter son propre projet d’entreprise sur un marché dont il connaît les contraintes.
L’enjeu dépasse la création d’une nouvelle structure financière. Il interroge la capacité d’un professionnel formé aux standards internationaux à contribuer, par l’entrepreneuriat, à l’approfondissement des marchés de capitaux africains. Dans une région où la mobilisation de l’épargne longue, la liquidité des titres et l’accès des entreprises aux financements de marché demeurent des défis importants, son expérience constitue un point de départ. Sa capacité à la transformer en résultats sera la véritable mesure de son projet.
De l’ingénierie informatique à la sophistication des marchés mondiaux
Ce qui distingue Serge Ngoube dans l’univers financier camerounais tient d’abord à la construction de son expertise. Son parcours ne commence pas dans les métiers traditionnels de la banque, mais dans l’ingénierie informatique, une discipline qui lui donnera progressivement accès aux dimensions les plus techniques de la finance moderne.
Diplômé en ingénierie informatique de l’Université de technologie de Compiègne (UTC), il poursuit sa spécialisation à l’Université Paris Dauphine-PSL, où il obtient un master en informatique pour la finance. Sa formation comprend également un Executive Master en affaires publiques de Sciences Po Paris, ajoutant une dimension institutionnelle et stratégique à son profil d’ingénieur financier.
Ses premières expériences professionnelles le conduisent notamment chez HSBC et Bouygues Telecom, où il intervient sur des problématiques informatiques. Cette première séquence est importante : elle lui permet de comprendre les infrastructures technologiques avant d’aborder les instruments financiers qui en dépendent.
En 2011, son passage chez Société Générale Corporate & Investment Banking marque une transition vers les marchés de capitaux. Il intervient dans le développement des activités liées aux ETF, l’analyse des flux, l’intelligence de marché et les outils informatiques de reporting. Chez HSBC, entre 2012 et 2013, il poursuit cette évolution comme analyste-développeur spécialisé dans le suivi des profits et pertes.
En juillet 2013, il rejoint BlackRock à Londres, l’un des acteurs majeurs de la gestion d’actifs mondiale. Pendant plus de quatre ans, il exerce comme développeur et analyste quantitatif spécialisé dans les instruments à revenu fixe.
Cette responsabilité le situe à la rencontre de trois disciplines : l’analyse financière, la modélisation quantitative et le développement informatique. Les marchés obligataires, particulièrement sensibles aux mouvements des taux d’intérêt, aux risques de crédit et aux conditions de liquidité, exigent une compréhension approfondie des mécanismes de valorisation et de gestion des risques.
Cette expérience contribue à façonner un professionnel dont la lecture des marchés dépasse la seule dimension commerciale des produits financiers.
Euronext, six années au cœur de l’ingénierie des ETF
En septembre 2017, Serge Ngoube franchit une nouvelle étape en rejoignant Euronext, opérateur de plusieurs places boursières européennes.
Il y débute comme ETF Product Manager à Londres, avant de devenir Lead ETF Product Manager à Paris en janvier 2019, une fonction qu’il occupe jusqu’en septembre 2023.
Cette période constitue l’un des passages structurants de sa carrière. Après l’univers de la gestion d’actifs chez BlackRock, il évolue dans celui des infrastructures de marché et des produits cotés.
Les ETF, ou fonds indiciels cotés, permettent aux investisseurs d’accéder, au moyen d’un instrument négociable en Bourse, à une exposition diversifiée à des indices, des classes d’actifs ou des stratégies d’investissement. Leur développement a profondément modifié les pratiques de gestion de portefeuille et les modalités d’accès aux marchés financiers internationaux.
Chez Euronext, Serge Ngoube exerce précisément dans cet environnement où se rencontrent conception des produits, exigences réglementaires, fonctionnement des places boursières et besoins des investisseurs.
Son expérience lui apporte une compréhension de la chaîne de valeur des ETF, depuis leur structuration jusqu’aux conditions nécessaires à leur cotation et à leur négociation.
Pour les économies africaines, cette expertise présente un intérêt particulier. Le développement des instruments financiers ne dépend pas uniquement de leur disponibilité technique. Il exige des marchés suffisamment profonds, une infrastructure opérationnelle fiable, des actifs sous-jacents adaptés et des investisseurs capables d’en comprendre les risques.
Entre 2019 et 2023, Serge Ngoube associe également son activité professionnelle à l’enseignement universitaire. À Paris Dauphine, il intervient sur Bloomberg et les marchés financiers, transmettant aux étudiants des connaissances issues de sa pratique.
Ce double positionnement de professionnel et d’enseignant deviendra, quelques années plus tard, un élément important de ses projets africains.
EDC Investment Corporation : la confrontation aux réalités de l’Afrique centrale
Juin 2024 marque un tournant géographique et professionnel. Serge Ngoube rejoint EDC Investment Corporation, filiale spécialisée dans les activités de marché du groupe Ecobank, en qualité de responsable régional des services sur titres et aux investisseurs.
Basé à Douala, il exerce cette responsabilité jusqu’en février 2026.
Son champ d’intervention comprend notamment les opérations de marché, l’administration des titres, les relations réglementaires ainsi que les dispositifs de contrôle et de gestion des risques.
Ce passage représente davantage qu’une nouvelle ligne sur son parcours. Après les marchés européens, où les infrastructures sont développées et les produits financiers largement diversifiés, il découvre de l’intérieur les contraintes opérationnelles d’un marché régional en construction.
En Afrique centrale, les besoins de financement des entreprises sont considérables, mais les mécanismes permettant de canaliser durablement l’épargne vers les investissements productifs demeurent insuffisamment développés.
La région dispose d’une Bourse commune, d’intermédiaires spécialisés, de sociétés de gestion et d’un cadre réglementaire communautaire. Pourtant, la profondeur du marché reste limitée, particulièrement sur le segment des actions.
Pour Serge Ngoube, l’expérience chez EDC Investment Corporation permet de confronter une expertise internationale aux réalités institutionnelles, réglementaires et commerciales de la CEMAC.
Sa présence dans la gouvernance bancaire constitue une autre dimension de cette évolution. Il siège comme administrateur indépendant non exécutif au conseil d’administration d’UBA Cameroon, dont il préside le comité de crédit et participe au comité de gestion des risques, selon la présentation officielle de la banque.
Cette responsabilité élargit son champ d’analyse à la gouvernance bancaire et aux décisions d’allocation du crédit. Elle complète une carrière jusqu’alors largement centrée sur les marchés de capitaux, les produits financiers et les infrastructures de négociation.
Investally et Investudy Africa : transformer l’expertise en entreprises
La trajectoire entrepreneuriale de Serge Ngoube ne commence pas en 2026. En France, une société initialement constituée sous le nom InvestingClub en novembre 2021 adopte la dénomination Investally en 2023. Les registres français confirment qu’il en assure la présidence.
Le projet repose sur une ambition clairement définie : faciliter l’accès des particuliers à des solutions d’investissement adaptées à leurs objectifs, à leur situation financière et à leur niveau de connaissance.
Dans sa présentation, Investally articule son offre autour de l’orientation vers des conseillers en gestion de patrimoine, de solutions d’épargne pilotée et de l’accès aux ETF. La plateforme revendique également une dimension pédagogique à travers la mise à disposition d’outils et de contenus de formation.
L’idée économique est de réduire plusieurs obstacles qui freinent l’entrée de nouveaux investisseurs sur les marchés financiers : la complexité des produits, le manque d’accompagnement, les difficultés d’accès à l’information et les écarts de compétences entre professionnels et particuliers.
Mais c’est au Cameroun que cette démarche prend une dimension supplémentaire.
En 2026, Serge Ngoube participe au développement d’Investudy Africa, une initiative de formation aux marchés financiers installée à Douala, dans le quartier Bonapriso.
Le projet associe notamment Serge Ngoube et Victoire Ngassa Djanhan, présentés comme fondateurs et formateurs. Il s’inscrit dans un environnement de coopération avec Investally et l’École supérieure des sciences de la finance, de l’assurance et des risques (ESSFAR Cameroun).
L’originalité revendiquée par Investudy Africa réside dans son approche pédagogique : enseigner les marchés financiers dans un environnement de pratique, avec une salle équipée de terminaux Bloomberg.
Du 12 au 14 mai 2026, la structure organise des journées portes ouvertes à Douala pour présenter son dispositif de formation et ses méthodes d’apprentissage.
Cette initiative répond à un enjeu réel pour l’écosystème financier régional. La professionnalisation des marchés ne repose pas exclusivement sur les réglementations ou les technologies. Elle exige également des analystes, gestionnaires, opérateurs de marché, responsables des risques et cadres financiers suffisamment formés.
Parallèlement, Serge Ngoube intervient dans le débat professionnel sur le développement des marchés africains. En juillet 2026, il figure parmi les intervenants des masterclasses de L’Économie Business Summit à Paris, autour des infrastructures de marché et de la structuration des transactions financières, notamment celles liées aux ETF.
Il a également consacré un ouvrage aux marchés financiers d’Afrique centrale, avec l’objectif déclaré d’en expliquer le fonctionnement, les acteurs et les mécanismes à un public plus large.
Ces différentes initiatives dessinent une orientation cohérente : mettre à disposition des compétences techniques, développer l’éducation financière et construire des services d’investissement. Leur portée économique dépendra toutefois de leur adoption effective par les professionnels et les investisseurs.
Le pari d’Investally face aux défis structurels de la BVMAC
La nouvelle société constituée à Douala en août 2026 représente un changement d’échelle dans le projet entrepreneurial de Serge Ngoube.
D’après les informations issues de l’annonce légale, Investally a établi son siège au Mabou Building, rue Tokoto, à Bonapriso. La société est immatriculée au Registre du commerce et du crédit mobilier sous le numéro CM-DLA-01-2026-B14-00033. Marthe Epanya Oho Teki a été désignée directrice générale adjointe.
Son objet social prévoit notamment le courtage de valeurs mobilières, la gestion de portefeuilles, la tenue de comptes-titres et l’accompagnement des opérations de levée de capitaux. Les informations disponibles ne permettent cependant pas d’établir la composition de son actionnariat ni les liens capitalistiques éventuels avec la société française du même nom.
Cette initiative intervient sur un marché dont les limites sont documentées.
Selon un rapport du ministère camerounais de l’Économie publié en 2026, la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale ne comptait, à fin décembre 2025, que six sociétés cotées et huit émetteurs obligataires. La capitalisation du compartiment actions atteignait 477,75 milliards de FCFA, tandis que la part du capital effectivement disponible à la négociation, appelée flottant, représentait seulement 14,6 % de cette valeur.
Ces chiffres éclairent les défis auxquels tout nouvel intermédiaire doit répondre.
Le premier est celui de la profondeur du marché. Une société de bourse ne peut développer durablement ses activités sans un nombre suffisant d’émetteurs, d’investisseurs et de transactions.
Le deuxième concerne la mobilisation de l’épargne. Transformer les ressources disponibles en investissements de long terme suppose d’instaurer la confiance, d’améliorer la transparence des produits et de proposer des solutions adaptées aux besoins réels des investisseurs.
Le troisième porte sur l’innovation financière. L’expertise de Serge Ngoube dans les ETF peut nourrir une réflexion utile sur la diversification des instruments régionaux. Mais l’introduction de nouveaux produits ne constitue pas, à elle seule, une réponse à la faible liquidité. Leur viabilité dépendra notamment de la qualité des actifs, de la demande des investisseurs, des mécanismes de négociation et du cadre réglementaire.
Enfin, Investally devra franchir les étapes institutionnelles nécessaires à l’exercice des métiers réglementés qu’elle envisage. L’activité de société de bourse requiert notamment un agrément de la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF). Le règlement général prévoit, pour les services concernés, un capital social minimal intégralement libéré de 300 millions de FCFA.
Au 14 octobre 2026, Investally ne figurait pas sur la liste des sociétés de bourse publiée par la BVMAC. Cette absence ne permet toutefois pas, à elle seule, de conclure qu’aucune autorisation n’aurait été délivrée, la date de dernière actualisation de cette liste n’étant pas précisée.
Pour Serge Ngoube, le défi ne sera donc pas simplement d’introduire une nouvelle marque sur la place financière de Douala. Il consistera à bâtir un intermédiaire capable de gagner la confiance des investisseurs, de respecter les exigences prudentielles et de développer une activité économiquement viable.
Une trajectoire qui illustre une nouvelle génération de bâtisseurs financiers africains
La singularité du parcours de Serge Ngoube tient à la combinaison de compétences souvent réparties entre plusieurs professions : l’ingénierie informatique, l’analyse quantitative, la conception de produits financiers, les infrastructures boursières, la gouvernance bancaire et l’entrepreneuriat.
Cette polyvalence prend un sens particulier dans une région où le développement du marché des capitaux exige à la fois des compétences internationales et une connaissance approfondie des réalités locales.
Son parcours éclaire également une dynamique plus large : celle de professionnels africains qui, après une carrière dans de grandes institutions mondiales, choisissent de mobiliser leurs compétences autour de projets économiques ancrés sur le continent.
Mais l’expérience internationale, aussi solide soit-elle, ne garantit pas la réussite entrepreneuriale. Le passage de la maîtrise technique à la construction d’une institution financière suppose d’autres aptitudes : mobilisation de capitaux, développement commercial, gouvernance, discipline opérationnelle et capacité à fédérer des équipes.
C’est précisément à cette étape que Serge Ngoube se trouve aujourd’hui.
Avec Investudy Africa, il investit dans la formation des compétences. Avec Investally, il cherche à construire des solutions d’accès à l’investissement et une présence sur les métiers de l’intermédiation financière. Avec son mandat d’administrateur chez UBA Cameroon, il participe également aux mécanismes de gouvernance d’un établissement bancaire.
Ces responsabilités témoignent d’un positionnement désormais situé à la convergence de trois enjeux : former les professionnels, accompagner les investisseurs et participer au développement des infrastructures financières.
La suite de son parcours permettra de mesurer la cohérence et les résultats de cette stratégie.
Car, après BlackRock, Euronext et EDC Investment Corporation, la prochaine étape de Serge Ngoube ne se jouera plus principalement dans la sophistication des outils financiers qu’il maîtrise, mais dans sa capacité à créer, en Afrique centrale, des institutions, des compétences et des services qui répondent durablement aux besoins du marché.
C’est à cette condition que son itinéraire international pourra se prolonger en une contribution tangible au développement économique régional.
Mérimé Wilson

