CAMEROON CEO

Ndzah Mokom Ndi, du trading à la gestion d’actifs : un parcours au cœur de la maturation financière de la CEMAC

Il y a, dans la trajectoire de Ndzah Mokom Ndi, une progression qui raconte davantage qu’une carrière dans la finance. Elle raconte un déplacement : celui d’un professionnel d’abord formé à lire les marchés, à négocier des devises, des obligations et des contrats futures, devenu progressivement entrepreneur puis dirigeant d’une société de gestion d’actifs. De Londres à Douala, du trading intraday à l’allocation de capitaux pour compte de tiers, le financier camerounais a construit son parcours autour d’une même matière première : l’argent, le risque et la manière de les gérer.

Depuis 2023, il dirige Stoneshed Asset Management, société de gestion basée à Douala et agréée par la Commission de Surveillance du Marché Financier de l’Afrique Centrale (COSUMAF) sous la référence COSUMAF-SGP-03/2023. L’entreprise intervient aujourd’hui dans la gestion sous mandat, la gestion collective et le conseil en investissement financier. Son site institutionnel présente une organisation désormais structurée autour de la gestion de portefeuille, du développement commercial, de la conformité et du contrôle interne.

Mais pour comprendre ce que Ndzah Mokom Ndi tente de construire aujourd’hui, il faut revenir à l’apprentissage des marchés.

Londres, l’école du risque

Diplômé d’un Bachelor en Banking and Finance de l’Université de Buea en 2009, il poursuit ses études au Royaume-Uni et obtient en 2012 un MSc en Finance, Investment & Risk à l’University of Kent. Le contenu de la formation est déjà révélateur : théorie de portefeuille, asset pricing, gestion des risques financiers, fund management, modélisation et analyse financière.

Il entre alors dans un univers où chaque décision possède une sanction immédiate : le trading.

Chez Amplify Trading, puis au sein de Global Trading Community, il travaille sur les marchés futures, avec une exposition à des instruments aussi divers que les contrats sur le S&P, l’EUR/USD, le pétrole, le Bund, le Bobl, le Schatz ou l’Euribor. Analyse technique, données macroéconomiques, stratégies d’entrée et de sortie, psychologie de marché : pendant plusieurs années, il se familiarise avec une finance où la discipline compte autant que l’intuition.

Cette période constitue probablement l’une des clés de lecture de son parcours. Le trader apprend à raisonner en probabilités, à mesurer le risque avant le rendement et à comprendre qu’une mauvaise allocation du capital peut coûter cher, très vite.

Lorsqu’il revient au Cameroun, cette expérience va être confrontée à une architecture financière radicalement différente.

De la salle de marché à la trésorerie d’entreprise

Après une première expérience au sein de National Credit Company PLC à Douala, Ndzah Mokom Ndi rejoint Citi au Cameroun en 2015, comme Treasury Assistant.

Le changement d’environnement est important. Le trading spéculatif laisse davantage de place aux problématiques de trésorerie, de liquidité, de change et de gestion des flux. Il approfondit ensuite cette dimension chez CCPC Finance, où il occupe pendant près de trois ans les fonctions de Treasury Manager.

Cette succession d’expériences dessine progressivement un profil inhabituel sur le marché camerounais : celui d’un financier qui connaît simultanément la logique du trader, les mécanismes bancaires, la gestion de trésorerie et les réalités opérationnelles d’une économie où l’accès aux instruments financiers demeure encore relativement concentré.

En 2018, il prend la tête de Stoneshed FX. L’entreprise évolue dans le change et les paiements, et figure aujourd’hui parmi les bureaux de change recensés par l’administration camerounaise.

L’étape suivante est plus structurante encore.

Stoneshed Asset Management, le changement d’échelle

Avec Stoneshed Asset Management, Ndzah Mokom Ndi ne se situe plus seulement dans l’exécution d’opérations financières. Il entre dans une activité beaucoup plus institutionnelle : recevoir des capitaux, déterminer leur allocation, gérer le risque et rendre compte de leur performance dans un cadre réglementé.

C’est un changement de métier, mais aussi de responsabilité.

Et les premiers chiffres permettent de mesurer la montée en puissance de cette jeune maison de gestion. Selon des données publiées par EcoMatin, ses actifs sous gestion sont passés de 1,7 milliard de FCFA à fin 2024 à 5,4 milliards de FCFA au 31 décembre 2025. À cette date, Stoneshed gérait 19 mandats et sa part du marché régional atteignait environ 0,38 %.

5,4 milliards de FCFA restent modestes face aux dizaines, voire aux centaines de milliards administrés par les plus grandes sociétés de gestion de la CEMAC. Mais pour une structure récemment agréée, le mouvement est significatif. Il montre surtout que le véritable sujet n’est plus la création de Stoneshed. Il est désormais celui de son changement d’échelle.

Car la gestion d’actifs est un métier où la croissance seule ne suffit pas. Plus les encours augmentent, plus les exigences de gouvernance, de contrôle, de reporting, de conformité, de liquidité et de maîtrise des risques deviennent déterminantes.

Le cadre réglementaire lui-même se renforce. Depuis décembre 2025, la COSUMAF a notamment précisé les règles applicables à la gestion individuelle sous mandat, avec des exigences relatives à la connaissance du client, à son profil d’investisseur, à l’information précontractuelle et au contenu des conventions de gestion.

Pour un dirigeant issu du trading, le défi est donc presque paradoxal : passer d’une culture de la décision rapide à une culture institutionnelle de la durée.

Transformer l’épargne en capital

C’est probablement ici que le parcours de Ndzah Mokom Ndi prend une dimension plus intéressante pour l’économie camerounaise.

L’Afrique centrale ne manque pas uniquement de capitaux. Elle souffre aussi de difficultés à transformer efficacement une partie de son épargne disponible en financement à long terme pour les entreprises, les infrastructures et les projets productifs.

Or, entre la banque traditionnelle et le financement public, les sociétés de gestion peuvent progressivement occuper une place plus importante : créer des véhicules d’investissement, structurer des portefeuilles, agréger l’épargne et rapprocher détenteurs de capitaux et besoins de financement.

Ndzah Mokom Ndi défend régulièrement cette lecture. En 2025, il mettait notamment en avant le potentiel des obligations d’entreprises, des introductions en Bourse et des fonds d’infrastructure pour approfondir le financement de l’économie en CEMAC.

En 2026, cette orientation apparaît également dans sa présence dans plusieurs rendez-vous consacrés aux marchés de capitaux et à l’investissement. Il a notamment participé à l’Africa Capital Markets Forum de Brazzaville et au MBOA Paris, où les discussions ont porté sur la mobilisation du capital africain et la transformation des transferts de la diaspora en investissements davantage structurés.

Ce positionnement élargit progressivement son rôle : moins celui du technicien de marché, davantage celui d’un entrepreneur financier cherchant à construire une institution.

Le prochain test : bâtir une véritable franchise de gestion

La trajectoire est cohérente. Elle n’est cependant pas achevée.

Le site de Stoneshed annonce aujourd’hui des activités de gestion collective, de gestion discrétionnaire et de conseil financier, mais la rubrique consacrée à ses fonds indique encore des produits collectifs en préparation. Le prochain palier sera donc celui de la diversification : transformer la dynamique acquise dans les mandats individuels en une plateforme capable de développer des produits, d’élargir sa base d’investisseurs et, surtout, de maintenir les mêmes standards de risque et de gouvernance à mesure que les encours progressent.

C’est à cet endroit que les quinze dernières années de Ndzah Mokom Ndi trouvent leur cohérence.

À Londres, il a appris le marché. Chez Citi, la trésorerie. Chez CCPC Finance, la gestion des flux. Avec Stoneshed FX, l’entrepreneuriat financier. Avec Stoneshed Asset Management, il aborde désormais l’étape la plus complexe : construire une institution capable de gérer durablement le capital des autres.

Dans une CEMAC où l’approfondissement des marchés financiers constitue encore un chantier majeur, son parcours mérite ainsi d’être suivi moins pour la vitesse de son ascension que pour la nature du pari entrepris : faire passer une expertise individuelle des marchés vers une capacité institutionnelle d’allocation du capital.

Mérimé Wilson

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